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2014-04-27T14:06:25+02:00

L'Heptameron (Marguerite de Navarre)

Publié par Folfaerie

Voilà un pavé que j'ai lu dans le cadre de ma troisième année de licence en lettres. Ce n'est certes pas un livre qui m'attendait dans ma PAL et pour dire vrai, je n'aurai jamais songé à lire les écrits de cette princesse sans la fac. Et bien j'aurai raté une chouette oeuvre.

Marguerite de Navarre (1492-1549), princesse de la maison de France, était la soeur de François 1er. Comme lui, elle était éprise de culture (son frère était fasciné par le raffinement des cours italiennes) et Marguerite a joué un rôle non négligeable dans le rayonnement culturel de la cour de France. Marguerite devient reine de Navarre grâce à un second mariage contracté à des fins politiques avec Henri d'Albret.

Son recueil de nouvelles inachevés s'inspire directement du Decameron de Boccace. Ce dernier est un peu le père de la nouvelle, bref récit en prose et langue vulgaire qui n'avait d'autre but que de divertir en relatant des faits insolites ou divertissants survenus dans le voisinage. On en déduit sans peine que les sujets en étaient souvent triviaux et l'Heptameron n'échappe pas à cette règle. Mais Marguerite de Navarre avait à coeur de traiter un sujet essentiel à ses yeux : la condition féminine à son époque.

Reprenant le canevas du Decameron, ce recueil met en scène un groupe de plusieurs personnes réunies par des mésaventures différentes dans une abbaye. Ces hommes et ces femmes d'âge différents qui doivent cohabiter ensemble durant quelques jours vont trouver un moyen de se divertir, entre deux offices religieux : raconter des histoires à tour de rôle.

Ainsi, par le truchement de ses personnages, Marguerite de Navarre va nous dévoiler ses opinions sur la société de son époque. Le moins que l'on puisse dire, c'est le XVIème siècle n'était courtois qu'en apparence. L'écrivain dénonce l'hypocrisie et les faux-semblants qui régnaient non seulement à la Cour mais qui gangrénaient également le clergé et le peuple, dans une moindre mesure.

Un grand nombre de nouvelles traitent de ce que l'on appelle aupourd'hui le harcèlement sexuel. Quand les hommes de la noblesse ne font pas la guerre, ils s'ennuient et se rabattent donc sur la prouesse amoureuse. En cas d'échec c'est simple, on salit la réputation de la dame ou bien on la viole... Même si les femmes ne sont pas forcément épargnées, elles demeurent tout de même beaucoup plus attachées à l'honneur que les hommes.

Les hommes d'église en prennent également pour leur grade. Marguerite devait en détester certains (les Cordeliers notamment). La plupart des religieux sont d'une hypocrisie consternante et sont surtout occupés à assouvir leurs instincts sexuels en donnant mauvaise conscience à leurs malheureuses victimes.

C'est le grand écart entre les apparences et la réalité. Enfin, l'auteur jette un regard désabusé sur le mariage (elle qui avait fait l'objet de deux mariages arrangés...) et peu de nouvelles retracent l'histoire d'amants parfaits et heureux.

Entre tromperies et lâchetés, devoir et honneur, s'esquisse le portrait de la femme du 16ème siècle, prisonnière du rôle qui lui est assigné par les hommes, obligée de conserver une attitude exemplaire et  de sacrifier sa liberté et sa sensualité, soumise aux règles strictes de son milieu (l'une des nouvelles les plus poignantes conte les malheurs d'une jeune fille de la noblesse qui doit renoncer à épouser celui qu'elle aime au motif que ce dernier n'a pas l'heur de plaire à la reine...). Une existence souvent pas très folichonne, en somme...

Une oeuvre classique qui demeure donc très plaisante à lire et qui constitue un éclairage fort intéressant sur la condition de la femme de la Renaissance.

 

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