Jeudi 22 décembre 2011 4 22 /12 /Déc /2011 07:52

J'adore les westens. je les aime depuis que je suis toute petite, et je me souviens que je ne ratais jamais la dernière séance le mardi soir, que présentait Eddy Mitchell, sans compter le cinéma de Minuit sur la 3.

 
Dans un western où il y avait également des Indiens, j'étais pour les Indiens, quel que soit le héros "américain". Je préférais donc les western sans Indiens, la plupart d'entre eux étant toujours représentés comme de mauvais diables.
Mon film culte c'est les Sept mercenaires que j'ai vu un nombre incalculable de fois et dont je connais les dialogues par coeur.

 

Alors, un nouveau western, réalisé par un de mes acteurs préférés, je ne pouvais le manquer ! Ce film respecte tous les codes du genre : fusillade, poursuite, duel dans la grand-rue, des Indiens (un peu), la femme fatale qui complique tout, le shérif incorruptible et le très méchant bandit.

 

De ce côté-là, on est servis ! Le traitement en revanche, est un peu déstabilisant mais original. A y bien regarder, Jeremy Irons qui interprète cette crapule sans scrupules, est un homme élégant sachant manier la langue anglaise avec aisance. L'incorruptible shérif - Ed Harris - dur et froid, se laisse mener par le bout du nez par la jolie et élégante veuve (Renée Zellweger a hérité d'un rôle ingrat) qui n'est autre qu'une redoutable nymphomane, calculatrice et intéressée. Et le fameux second, sans lequel le shérif n'est rien, très légèrement en retrait, campé par un Viggo Mortensen toujours épatant (ceux qui ont vu Hidalgo savent que Viggo est né pour être cow-boy...) , ne serait-ce pas lui, le véritable héros de ce western ?

 

http://www.annyas.com/screenshots/images/2008/appaloosa-movie-title.jpg

 

 

On le voit, si Ed Harris respecte les codes, il s'amuse néanmoins à les détourner. L'humour est omniprésent, et le tandem formé par Virgil Cole et Everett Hitch est particulièrement touchant. 12 ans à sillonner le pays pour faire régner la justice, cela crée des liens fort palpables à l'écran. Ils se comprennent à demi-mot et se font totalement confiance. Mais voilà, le dur, l'incorruptible, commence à montrer des signes de faiblesse, de fatigue. Et, conséquence, la romance avec la donzelle prend le dessus et déséquilibre le scénario. J'ai profondément regretté l'importance donnée au couple Harris/Zellwegger. Cela rallonge la durée du film qui finit par s'essouffler.

 

Il ne m'a pas été possible de m'émouvoir pour ce couple si mal assorti, et pire, j'ai trouvé l'actrice plutôt quelconque. C'est dommage car si je remonte aux derniers westerns que j'ai pu voir, pas une fois les histoires d'amour  ne m'ont dérangée : dans Le lâche assassinat de Jesse James et 3h10 pour Yuma, elles ne sont qu'effleurées, et dans Open Range, c'est si romantique, si bien amené dans l'histoire, que j'ai adoré.

 

Fort heureusement, Ed Harris a pensé à une fin plutôt séduisante qui m'a réconciliée avec le film. Car finalement, le véritable héros de ce drôle de western est bien le fidèle second, qui, lassé de tout cet imbroglio (on frôle le ménage à trois !!), finira par prendre les choses en mains. Définitivement. (L'occasion pour Ed Harris de montrer ce qu'est le sens de la justice ?) Et je me dis qu'Harris a très bien fait d'avoir choisi Viggo Mortensen pour ce rôle...

 

Pour résumer, une petite pointe de déception pour ce western qui m'a un peu décontenancée malgré que ce soit un bel hymne à l'amitié. Il faudra probablement que je le revoie pour mieux l'analyser, mais je peux d'ores et déjà affirmer qu'il ne fera pas partie de mes indispensables.

 

A noter : les paysages sont magnifiques. Le film a été tourné au Nouveau-Mexique, du côté de Santa Fe.

 

Appaloosa_Wallpaper_L_All.jpg

 





Par Folfaerie - Publié dans : Du papier à la pellicule - Communauté : cinéma et littérature
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 21 décembre 2011 3 21 /12 /Déc /2011 13:30

Petit cadeau de Noël de Peter Jackson : le premier trailer de Bilbo, que j'ai déjà regardé 4 fois !  Un vrai bonheur de retrouver les superbes paysages de la Terre du Milieu et ces personnages qui sont devenus des amis : Gandalf bien sûr, Galadriel (il m'a semblé également apercevoir Elrond mais je ne suis pas sûre), un Bilbo rajeuni (Martin Freeman a l'air très bien). Et puis cette belle chanson des Nains laisse présager un ton doux-amer au film; Ceci dit, l'humour semble bien présent. Et dire qu'il faut attendre encore un an !! Quel supplice. En tout cas, cette BA est superbe.

 

 

 

Passons maintenant à l'un de mes héros favoris, Batman. Nolan clôt sa trilogie d'une manière bien sombre si l'on en juge d'après ces images; Le nouveau méchant, Bane, semble terrifiant et je n'ose imaginer le traitement que tous ces tordus vont infliger à ce pauvre Bruce Wayne.
Là encore, une BA qui me fait trépigner d'impatience...


 

 
 
Par Folfaerie - Publié dans : Du papier à la pellicule - Communauté : cinéma et littérature
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 20:07

Merci à Babelio et aux éditions Hachette pour ce partenariat.

 

Sherlock is back ! Grâce à Anthony Horrowitz, adoubé par les héritiers de Conan Doyle (ce qui n'était pas franchement utile puisque l'oeuvre est tombée dans le domaine public), le célèbre détective revient à point nommé pour entretenir la légende. Opération marketing autour de la sortie (une version adulte et une version jeunesse, mais le texte est le même, c'est curieux...) et parfaitement chronométrée (je parle de la parution française) car le second volet des aventures cinématographiques de Sherlock sort sur nos écrans début janvier 2012. Holmes est partout ! 

 

Je tiens à préciser qu'un bon nombre de pastiches ont déjà été publiés. Evidemment, tous ne sont pas de qualité, aussi cette approbation des héritiers de Doyle pourra certainement décider des lecteurs récalcitrants à se procurer La maison de soie.

 

Dans une préface qui donne déjà le ton - celui de la nostalgie - un Watson vieillissant évoque l'écriture d'un manuscrit relatant une enquête du célèbre détective, et qui ne devra être lu que cent ans plus tard, tant le crime relaté est odieux et implique un certain nombre de conséquences fâcheuses.

 

"J'aurais déjà dû ouvrir la porte du 221B Baker Street pour entrer dans la pièce où tant de nos aventures ont débuté. Je les vois d'ici, la lueur de la lampe derrière la vitre et les dix-sept marches qui me font signe depuis la rue. Comme elles me semblent lointaines ! Il y a si longtemps que je suis pas retourné là-bas ! Oui. Le voici, la pipe à la main. Il sourit. "La partie reprend...".

 

Nous voilà donc à nouveau transportés à l'automne 1890. Le docteur Watson, délaissant son épouse pour quelques jours, retrouve le grand détective pour une enquête qui se révèle a priori banale : un vol de tableaux et un marchand d'art poursuivi par la vengeance du voleur. Le forfait a un cadre plus exotique que Londres, le vol ayant eu lieu aux Etats-Unis, en présence de la célèbre agence Pinkerton.

Cependant, les conséquences de cette vengeance vont entraîner Holmes et Watson dans les bas-fonds de Londres et les conduire à dévoiler les infâmes secrets de la haute société, au cours d'une enquête menée en parallèle de la première.

 

Horowitz connaît bien l'oeuvre de Doyle, les allusions et clins d'oeil aux enquêtes précédentes sont nombreuses et l'on a plaisir à retrouver de vieilles connaissances : Lestrade que l'auteur réhabilite quelque peu, les enfants des rues, les Irréguliers de Baker Street qui ont déjà aidé Holmes, le frère de celui-ci, Mycroft (les retrouvailles font l'objet d'une scène savoureuse) et un autre personnage important de l'oeuvre, entouré de pénombre et de mystère... Les rebondissements sont nombreux, les scènes dramatiques et les dialogues teintés d'humour entre Holmes et Watson  s'équilibrent parfaitement.

 

Les personnages quant à eux sont respectés, aucune faute de goût. Sherlock est égal à lui-même, ses capacités de déduction sont toujours aussi étonnantes, son flair (presque) infaillible, son sang-froid et son audace sont sans pareils. Anthony Horowitz se démarque toutefois de la copie fidèle en introduisant quelques considérations sociales. Londres apparait moins reluisante que jamais, et Watson se surprend à songer aux enfants des rues, dont le  destin était particulièrement cruel à cette époque.

Leur exploitation justement, est le fil conducteur de ces intrigues emboitées. La fin du roman est surprenante, pour une enquête de Sherlock Holmes, et marque une préoccupation bien contemporaine. Je suis un peu étonnée que le roman s'adresse aussi aux jeunes lecteurs.

 

Que dire de plus ? J'ai pris un grand plaisir à retrouver l'un de mes héros favoris, fidèlement ressuscité par un écrivain dont je connais peu l'oeuvre mais dont j'ai apprécié la démarche. Certes, cette nouvelle aventure du célèbre détective londonien ne révolutionnera peut-être pas le monde de la littérature, mais elle aura le mérite, sûrement, de donner envie aux lecteurs de se (re)plonger dans l'intégrale du Canon.

 


 

 

 

 

 

Par Folfaerie - Publié dans : La société Sherlock Holmes des dilettantes - Communauté : Littérature Jeunesse
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mardi 13 décembre 2011 2 13 /12 /Déc /2011 18:54

Voilà un mois que j'ai commencé mes cours... C'est épique je dois dire ! Les premiers cours me sont donc parvenus le 8 novembre seulement avec des devoirs à rendre le 16 ! panique totale, évidemment...

J'ai pu rendre le devoir d'anglais dans les temps (et obtenu un 16/20) ainsi que le latin dont j'ai survolé les leçons (11.5/20 quand même).

 

J'avais demandé un report :

- au prof de littérature comparée : un commentaire composé sur un passage de Frankenstein. Je n'ai pas encore ma note mais le résultat doit être minable.

- à celui du cours "Entrées dans le commentaire de texte" :  j'ai fait ce que j'ai pu après avoir tâtonné également. Des cercles à dessiner et remplir pour expliquer des comparaisons, un extrait de poème à décrypter, entre autres. Je n'ai pas aimé le poème de Desnos, ça commence bien. Pas de retour de note pour le moment.

- à celui de linguistique générale, des questions de cours sur Saussure. Je patine un peu là aussi. Dans le bouquin de Saussure, je précise. Plutôt ardue comme lecture. En fait, j'ai l'impression d'apprendre du Mandarin pour l'instant.

 

Seules les profs de latin et d'anglais acceptent les devoirs envoyés par mail, procédé que j'apprécie grandement. Les trois autres exigent l'usage du stylo et l'envoi par la poste. En plus de la cadence pour rendre les devoirs, il faut tenir compte des délais postaux, argh...

Je ne suis pas contre le fait de rédiger les devoirs "à la main", mais j'estime que dans le contexte d'une Licence à distance, les envois par mail devraient être acceptés. J'avoue que ça m'agace un peu.

 

J'avais également mon premier devoir obligatoire à rendre, celui de mon option Littérature française. C'est un contrôle continu, pas un examen final. Là, j'étais un peu stressée. Une fiche de lecture (je n'en ai pas fait depuis une éternité) sur la nouvelle de Marcel Aymé, La traversée de Paris. J'espère que j'ai rendu quelque chose qui ne soit pas trop médiocre... En tout cas, j'ai apprécié de lire enfin cette célèbre nouvelle (mais si, souvenez-vous, le film avec Gabin et Bourvil).

 

Evidemment, comme j'étais en retard pour les premiers devoirs, je le suis aussi pour ceux de la seconde vague, avec date butoir au 14 décembre. Je n'ai rendu que l'anglais (encore un 16/20, et des textes très intéressants). J'ai préféré ne pas rendre la dissertation sur Les voyageurs de l'Impériale d'Aragon. Un gros roman que j'ai fini il y a quelques jours à peine. Intéressant bien sûr, mais trop long à mon goût. Et ce n'est pas franchement le sujet de roman qui m'attire le plus. C'est bien difficile de rendre une dissertation sur un livre qui ne vous enthousiasme pas. Pourquoi ne pas nous proposer Le seigneur des Anneaux par exemple ? Là, je veux bien passer toute l'année à l'étudier :-))  

Je ne rendrai pas non plus le commentaire composé sur le passage de L'homme au sable d'Hoffmann. Celui-là, j'aurai aimé le rendre, mais j'aurai également aimé avoir la correction du premier commentaire composé, histoire de m'assurer que je ne fais pas fausse route.

 

Je suis de plus en plus fatiguée le soir, c'est dur de se concentrer sur les cours après le boulot. Tant pis, je préfère me consacrer au prochain devoir de latin (avant le 21 décembre) car c'est une matière qui me donne du fil à retordre. Vraiment.

Et comme dirait le roi Loth dans Kaamelott : « Victoriae mundis et mundis lacrima. Bon, ça ne veut absolument rien dire, mais je trouve que c’est assez dans le ton. »

 

Mon bilan est mitigé  : grosse fatigue, un brin de découragement, la sensation de patauger misérablement dans certaines matières, faute de temps et de concentration. J'espère que ça ira mieux après ma semaine de congés.

 

Ajout du 15 décembre : je viens de recevoir ma note en linguistique générale, 13.5/20 et un médiocre 11/20 en Entrées dans le commentaire de texte...

 

Par Folfaerie - Publié dans : Autres considérations
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 12:35

http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv11535491.jpgIl était une fois un conte merveilleux écrit par un aristocrate irlandais. Un conte qui parle de fées ou d'elfes - la distinction est imprécise - de trolls et de licornes, d'une sorcière qui forge une épée magique et de l'insatisfaction des hommes.

 

Au pays des Aulnes, le Parlement se désole car le peuple ne rêve que d'être gouverné par un prince enchanté. Qu'à cela ne tienne. Le roi envoie son fils, le prince Alvéric, au pays Enchanté pour y accomplir des prouesses. Au terme d'un long périple, le prince ramène une belle fiancée, la princesse Lirazel, et un peu de la magie de ce royaume fantastique. Le peuple est content; c'est là l'essentiel. Mais la belle histoire d'amour ne dure guère. Après la naissance de leur fils Orion, la princesse se languit de plus en plus de son royaume enchanté. Le jour où elle se décide enfin à retourner chez elle, Alvéric décide de la retrouver, longue et vaine quête qui prendra des années, tandis qu'Orion grandit plus ou moins seul.

 

C'est un récit, disais-je, où le Merveilleux domine. La plume de l'écrivain est poétique, le style parfois ampoulé, mais le tout se prête admirablement à cette histoire qui repose en grande partie sur le regret et la nostalgie.

 

J'ai aimé les descriptions de la nature, de la vie paisible de cette vallée et les beautés enchanteresses de la forêt magique (une excellente trouvaille) et des terres du Roi des Elfes. Les paysages qui nous sont si familiers, un bois, la campagne, peuvent être entrevus sous un angle si poétique, si merveilleux que cela console de bien des choses...

 

Le prince Alvéric est un homme fort contradictoire : attiré par le royaume enchanté, aimant la fille du roi des Elfes, il ne peut pourtant s'empêcher de demander à son épouse un comportement "normal". Mais la pauvre princesse est si loin de toutes ces futilités qu'elle oublie les prières au fur et à mesure qu'elle les apprend. Son père, que le chagrin accable, finit par jeter un sort si puissant que la princesse décide un beau jour de retourner en sa demeure. Et voilà notre Alvéric décidé à partir en quête de son épouse. A lui les années d'errance en compagnie de quelques compères farfelus car peu de personnes ont envie de l'aider. C'est bien la magie, mais de loin... Le peuple non plus ne sait pas ce qu'il veut...

 

Pendant ce temps, le prince Orion grandit dans au pays des Aulnes, loin des soucis et des tracas. En voilà un drôle d'héritier, qui ne s'intéresse absolument aux affaires de son petit royaume, mais ne songe qu'à la chasse. S'ensuivent des pages et des pages de descriptions de chasses aux cerfs et, ô sacrilège, de chasses aux licornes. Orion et sa meute de chiens étant obsédés par ces créatures si pures... Lord Dunsany était un chasseur enragé lui aussi, traquant son gibier sur presque tous les continents. Il a cru que d'autres que lui seraient intéressés... hélas, ce sont les passages qui m'ont rebutée ! D'autant plus que ces scènes ont un caractère répétitif qui nuit au rythme du roman, déjà un peu lent.

 

Alors que dire en résumé ? Que c'est un récit de fantasy où il ne se passe pas grand-chose, peu d'aventures ou d'épreuves, mais qui abonde en délicieuses descriptions de la nature qui nous entoure, et qui parle du regret de ne pouvoir accomplir ses rêves, de choses qui seront toujours inaccessibles, de la perte de la beauté et de la magie. Un peu de mélancolie flotte au-dessus de ces pages. La fille du roi des elfes est bien certainement un de ces classiques de la fantasy qu'il faut découvrir. Passés certains écueils, la lenteur du récit, on ne peut que se laisser toucher par la grâce de ce conte.

 

Et les montagnes bleues surplombèrent de nouveau la frontière comme si leurs cimes pâles et sereines n'avaient jamais bougé. Les licornes revinrent paître selons leur habitude aux confins du royaume, habitat naturel de toutes les créatures fabuleuses, où elles se remirent à grignoter les lys au pied des versants montagneux  et à se glisser parfois le soir, quand tout est tranquille, à travers la frontière crépusculaire pour aller goûter l'herbe terrestre. Il arrive aussi à notre renard familier de traverser la frontière en certaines saisons, et c'est de là-bas qu'il ramène ce relent de mystère. Il est, pour le Royaume Enchanté, un animal fabuleux tout comme la licorne l'est à nos yeux.

 

Traduction : Odile Pidoux


 

 

 

 

 

 

 

Par Folfaerie - Publié dans : Contes et légendes, Fantasy, Fantastique - Communauté : Roman science fiction
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 20:37

La lecture de cet ouvrage m'intéressait à plusieurs titres : liens avec le réchauffement climatique, maltraitance animale, perte des écosystèmes entre autres . Certains d’entre vous ne liront pas ce livre, d’autres refuseront d’y croire peut-être ou ne changeront rien à leurs habitudes alimentaires d’autant que le lobby de la viande en France ne cesse de mener campagne pour redorer son blason. Tant pis pour ceux-là. Je souhaite que tous les autres commencent à réfléchir sur les conséquences dramatiques d’un acte a priori si anodin : manger de la viande.

Après avoir refermé l'ouvrage de Fabrice Nicolino, je me suis félicitée d'être végétarienne depuis une vingtaine d'années ! Je ne cacherai pas que cette lecture, bien que nécessaire et indispensable, est éprouvante. Parce qu'au-delà des problèmes liés à l'industrialisation de la production de viande (pollution de notre environnement, risques sanitaires, déforestation...) il s'agit aussi de parler d'êtres vivants transformés en machines, en produits, des animaux pour lesquels personne n'a de considération, de leur naissance à leur mort. Des misérables vies, des créatures condamnées à un univers carcéral pour finir par être... bouffées.

 

« Un Français mange en moyenne 92 kg de viande, 250 œufs et une centaine de kg de produits laitiers par an ».

 

Il serait vain de vouloir résumer ce livre foisonnant et très bien documenté, je me contenterai donc de retracer brièvement quelques faits parmi les plus édifiants : L’auteur nous fait découvrir comment nous sommes passés des fermes à cette industrialisation des élevages, les standards imposés, les innovations copiées sur le modèle américain. Dans les années 1970, l’INRA expérimente les vaches à hublot ( !!) pour mieux comprendre le mécanisme de digestion et décider ensuite que les bovins ne devaient plus manger d’herbe et de fourrage mais plutôt des céréales. C’est l’ère du productivisme, des élevages hors-sol (surtout porcs, poulets). On teste, on sélectionne, bref on torture pour accroître les rendements et les animaux doivent grossir de plus en plus vite.

 

Dans cet univers concentrationnaire où les risques de maladies sont démultipliés pour les animaux, on comprend vite l’utilité des antibiotiques. Une manne financière pour l’industrie pharmaceutique et la nutrition animale. Car tandis qu’on « soigne » (imaginez, 30 000 volailles parquées à 25 par mètre carré…) on en profite aussi pour « améliorer » : injections d’hormones, élaboration de nouvelles nourritures, le soja transgénique, etc. On retrouve sans surprise quelques grands noms : Rhône-Poulenc, Adisseo. Que dire aussi de Nucleus ? le leader français de la génétique porcine. Les chercheurs en blouse blanche, à l’abri d’unités top secrètes, nous concoctent pour l’avenir de la viande issue d’animaux génétiquement manipulés et clonés. 

 

Pensez-vous que tout risque sanitaire soit écarté pour autant ? Absolument pas. Même sans lire le livre de Fabrice Nicolino, il suffit de remonter dans les archives de la presse pour se remémorer tous les scandales : la vache folle, les veaux aux hormones, le poulet à la dioxine, la grippe aviaire, la grippe porcine… Ces maladies sont liées aux conditions d’exploitation des animaux mais aussi à la nourriture qui leur est donnée. Le pire n’est pas d’avoir remplacé l’herbe par des céréales mais d’avoir pensé aux fameuses farines animales, celles qui contiennent aussi les résidus de nos fosses septiques. Bon appétit !

 

Ces élevages industriels polluent aussi notre environnement, ce qu’on appelle la Nature, sols et eaux ne sont pas épargnés. Un seul exemple pour vous convaincre : la Bretagne. La production de viande est également responsable de la déforestation en Amérique du sud (pâturages et culture du soja), laquelle joue un rôle dans le réchauffement climatique. Sans compter que le besoin effréné de viande des pays occidentaux condamne à la famine les pays du Tiers-Monde…

 

 

Je ne parle même pas de la biodiversité des animaux de ferme, la plupart des races rustiques ont disparu.

 

Un dernier extrait : en 2007 : 6 millions et 73 300 agneaux, brebis, béliers et chèvres ont été tués dans les abattoirs, ainsi que 17 800 chevaux, 25 millions de porcs, 917 millions de volaille (poulets, canards, pintades, oies, dindes)… bref un milliard et 562 800 animaux tués dans des abattoirs contrôlés.

 

logo-lire-pour-agir.png

Par Folfaerie - Publié dans : Lire pour Agir - Communauté : Salon Lecture
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 20:57

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/36/28/53/18674100.jpgUn film comme je les aime, avec du romantisme et du mystère... Normal me direz-vous puisque le héros est un magicien.

 

L'histoire se passe à Vienne, dans les années 1900. Un mystérieux illusionniste, nommé Eisenheim, est en train de devenir l'homme le plus célèbre de la ville, au grand dam du Prince héritier Leopold. Ce dernier se prend à détester Eisenheim pour plusieurs raisons : il n'aime guère la magie, qui heurte son bon sens, puis la popularité grandissante de l'artiste l'agace, et enfin, il remarque que sa fiancée,  Sophie von Teschen, n'est pas insensible au charme du magicien. Leopold charge donc son homme de confiance, l'inspecteur Uhl, d'enquêter sur l'illusionniste et de dévoiler ses impostures. 

 

Le scénario s'inspire d'une nouvelle de l'écrivain américain, Steven Millhauser : Eisenheim l'illusionniste (dans le recueil Le cirque Barnum) que je n'ai pas (encore) lu, hélas.

 

Le film traite d'une histoire d'amour aux rebondissements étonnants sous sa trame classique, en plus d'aborder d'autres thèmes comme le pouvoir (à travers le personnage de Leopold, fort bien interprété par Rufus Sewell), et l'influence de la magie (Eisenheim offre de l'espoir aux gens, malgré que tout repose sur l'illusion, et en retour, ceux-ci le soutiennent contre Leopold).

 

Le personnage d'Eisenheim, bien que charismatique, reste mystérieux et énigmatique. L'inspecteur Uhl (Paul Giametti, formidable) ne peut s'empêcher de l'admirer et même d'éprouver de l'amitié. Comment ne pas être fasciné par Eisenheim (Ah, Edward Norton...), Maître de l'illusion, capable de faire pousser en quelques secondes un oranger en pot, ou de rendre un mouchoir à sa propriétaire par l'intermédiaire de deux jolis papillons bleus... La scène la plus intéressante est sans doute celle de la rencontre avec Leopold au cours d'une soirée privée. Le prince, ironique et sarcastique, cherche une explication logique derrière chaque tour, jusqu'au numéro que j'appellerai Excalibur, fort humiliant pour lui. Dès lors, il se prend à haïr le magicien. Pour autant, et malgré son ambition et sa froideur, Leopold n'apparait jamais comme le méchant que l'on doit détester. Sans doute grâce au jeu de Sewell qui sait distiller l'ambiguité.

 

http://www.cinemovies.fr/images/data/photos/G7588662261575.jpg


Le rôle de Giametti est un peu abordé sous le même angle. Certes, c'est un inspecteur de police à la botte du prince, exécutant les ordres et cependant, en cette affaire, il conserve son libre arbitre, allant même jusqu'à rétablir une certaine idée de la justice. Car la fin du film offre deux surprises, l'une reposant sur les artifices et faux-semblants mis en place par Eisenheim pour vivre sa romance avec Sophie, l'autre sur le sort réservé au prince, qui ne satisfait pas pleinement car il n'est pas "juste". Justifié oui, mais pas juste.

 

http://www.cinemovies.fr/images/data/photos/G7588810338869.jpg

 

Un mot tout de même sur la reconstitution, décors, costumes... l'atmosphère sied à l'histoire, et on se perd délicieusement dans cette Vienne mystérieuse qui oscille entre passé et modernité. Un bien joli film que je recommande à qui aime la magie et le romantisme.

 

Vous aimerez peut-être Le prestige de Christopher Priest et son adaptation ciné par Christopher Nolan, et le livre de Jean-Eugène Robert Houdin, Comment on devient magicien.


 


Par Folfaerie - Publié dans : Du papier à la pellicule - Communauté : cinéma et littérature
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 17:46

Merci à Babelio et aux éditions Delachaux pour ce partenariat. Une lecture peu réjouissante mais nécessaire qui brosse le tableau des substances et particules polluantes qui se promènent en tout liberté et en toute quiétude, dans notre environnement.

 

Denhez en profite pour taper (un peu) sur les ONG qui, selon lui, prennent plaisir à échafauder les pires scenarii en matière de pollution afin de recruter des adhérents ou asseoir leur popularité (un constat que je ne partage pas - sans le travail des ONG (même s'il y a des brebis galeuses parmi elles) que de scandales sanitaires seraient passés à la trappe !) et sur Marie-Monique Robin et son film Notre poison quotidien. Certes, le documentaire pouvait manquer de rigueur, mais j'aurai préféré qu'il tape plutôt sur nos braves agences comme l'institut de veille sanitaire, l'ADEME et d'autres. Mais non, ceux-là font des efforts parait-il...

 

Cela m'amuse car en publiant ce livre, Denhez remplit également cette fonction qu'il dénonce : le lanceur d'alerte. Mais bon, passons sur les contradictions de l'auteur.

 

De cette lecture, j'ai retenu ceci : TOUT est pollué, air, milieux naturels, eau, bêtes et gens. Malgré les scandales, les désastres passés, les morts et les nouvelles maladies, l'homme continue à produire des substances polluantes. Et tout le monde s'en fout. Enfin pas tout le monde, quand même.

 

Pour ma part, cela fait des années que je lis ce genre de bouquins sur les méfaits des produits que nous fabriquons, sur l'apparition de nouvelles molécules, sur les pollutions dues aux incinérateurs, aux solvants, sur les rivières si polluées -et en France s'il vous plait - que les poissons en crèvent... sur l'inertie des pouvoirs publics, l'arrogance et le cynisme des industriels et pire que tout, la laide résignation, la paresse ou l'indifférence du citoyen-consommateur. Nous, vous, moi.

 

Si on en croit Denhez (et je n'ai aucune raison de mettre sa parole en doute) tout ce que nous utilisons conduit à une pollution plus ou moins importante : de la peinture des murs de la cuisine aux produits ménagers, en passant par la bouffe à la cantine et à la maison (un exemple, manger des pommes non bio est un acte suicidaire...) et l'air respiré sur le lieu de travail. Je ne parle même pas des vêtements...

 

A ce niveau, le bouquin de Denhez est une mine d'infos qui alterne rappels des grands désastres passés et présents (comme Minamata au Japon), exemples concrets de pollutions au quotidien comme les boues des stations d'épuration, et passages plus techniques expliquant les seuils de toxicité et les niveaux de contamination de certains produits comme les métaux lourds. Mais bon, pour dénoncer il faut comprendre, alors il faut se concentrer un minimum...

 

Les Nouvelles pollutions invisibles, qui est donc un document actualisé, servira donc à étayer les propos de citoyens écolos comme moi, qui cherchent inlassablement à convaincre l'entourage, les amis, les élus locaux qu'il faut agir, boycotter, remplacer ou mieux, diminuer notre consommation globale, pour avoir une chance, une toute petite chance, de sauver notre planète et toutes les créatures qui en dépendent.

 


 

 

 

 

 

Par Folfaerie - Publié dans : Lire pour Agir - Communauté : Salon Lecture
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 20:47

http://www.gallmeister.fr/images/book_v_476.jpgJe suis particulièrement contente de pouvoir faire découvrir ce beau titre de la collection NW de Gallmeister. C'est à la fois un récit de voyage et un vrai livre d'écologie qui traite des problèmes rencontrés par la faune sauvage, surtout en matière de pollution.

 

Ici, Alan nous conte l'histoire de sa folle jeunesse et du rêve qu'il a en partie réalisé : suivre la migration des faucons pèlerins. Il embarque avec lui un vétéran et as de l'aviation, George Vose, (le tandem qu'ils forment est plutôt savoureux...) afin de suivre la migration d'un faucon (en fait il y en aura plusieurs au fil des mois :Amélie, Anukiat, Nina Gorda, Delgada. On s'attache très vite à ces magnifiques rapaces, on s'inquiète, on tremble, vont-ils échapper au grand-duc ? Vont-ils s'empoisonner ? Se faire tuer par les hommes ? ) équipé d'un émetteur radio. Pouvez-vous imaginer ça ? Un naturaliste enthousiaste et un vieux pilote ronchon suivant des rapaces à bord d'un Cessna ?

 

Mêlant explications scientifiques passionnantes sur les techniques de vol - et de survie - des faucons, aventures en tous genres (j'ai cessé de compter les passages où Alan est persuadé que l'avion va se crasher) et journal de voyage, ce formidable récit est une invitation au voyage et à la découverte de la faune sauvage.

 

Je regrette souvent que certains naturalistes ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, se contentant d'étudier une espèce en particulier, en faisant abstraction de leur milieu et des autres espèces. Ici heureusement, ce n'est pas le cas car le témoignage d'Alan est émaillé de considérations écologiques sur les ravages de la pollution (le DDT surtout mais aussi le paraquat en Amérique du sud) chez les oiseaux, sur les paysages fabuleux des contrées encore intactes (mais où l'on voir aussi les ravages opérés en Amérique du sud par l'exploitation du pétrole et al lutte contre les trafiquants de drogue), Le mystère plane toujours sur la migration des pèlerins, et après tout, c'est aussi bien...

 

C'est aussi l'histoire d'un homme qui a eu l'audace de donner corps à son rêve, et de trouver un sens à sa mission, et même à sa vie, comme il le dit à la fin de son récit. J'ai aimé ce mélange de faits scientifiques et de poésie (ses descriptions des milieux naturels m'ont parues poétiques, et oui..., bref, une belle plume, sans jeu de mots) pour un bel hymne à la liberté. D'ailleurs, en 2005, Robert Redford a acheté les droits d'adaptation. Je ne sais pas s'il compte réaliser le film ou s'il passera le flambeau, faute de temps, mais il est facile de comprendre pourquoi un tel livre peut susciter l'enthousiasme.

 

Bref, j'ai été conquise aussi bien par le contenu, c'est du très bon Nature writing, que par la personnalité de Tennant et la qualité de sa prose.

 

Merci Anne-Marie !

 

 

logonaturewriting1

 

Il faut lire aussi : Rites d'automne de Dan O'Brien et Printemps silencieux de Rachel Carson pour une vision globale des problèmes rencontrés par l'avifaune. Et puis si vous avez l'occasion, regardez le Peuple migrateur, hymne émouvant aux oiseaux...

 

http://www.oiseaux-birds.com/falconiformes/faucon-pelerin/faucon-pel-vol-tm1.jpg

Par Folfaerie - Publié dans : Naturellement Nature... - Communauté : Salon Lecture
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 17:57

Florence Herbulot est une femme aux multiples talents, à la fois journaliste, navigatrice, régatière et bien évidemment traductrice. Elle a traduit plus d’une centaine de livres, romans et ouvrages techniques, et s’est spécialisée tout naturellement  dans la littérature maritime. Elle est également Présidente du jury du Prix Pierre-François Caillé de la traduction qui récompense un traducteur dont la qualité du travail séduit le jury. 

  

Si je connaissais son nom grâce à la traduction de Moonfleet, un de mes romans préférés, c’est véritablement avec la saga de Patrick O’Brian que j’ai pris la pleine mesure de l’importance du traducteur. Car si les aventures de Jack Aubrey font maintenant partie de mes livres de chevet (alors que je ne suis pas spécialement amatrice de littérature maritime), c’est aussi bien grâce au talent de l’écrivain qu’à celui de la traductrice. Madame Herbulot a gentiment accepté de répondre à mes questions, j'espère  que cet échange donnera envie aux lectrices et lecteurs de se précipiter sur la saga de Patrick O'Brian. De plus, j'ose espérer (suite à un petit débat sur Babelio) que certains reconnaîtront toute l'importance du travail de traduction en littérature...

 

 

louisgra.jpg

 

1/ Je crois savoir que vous avez d’abord fait de la traduction technique avant de vous lancer dans la littérature. Quels sont les premiers romans que vous avez traduits ? Avez-vous pu les choisir ou vous ont-ils été proposés/imposés par des éditeurs ?

  

J'ai toujours été traductrice technique ET d'édition (bien plus que littéraire).

Le premier livre que j'ai traduit m'a été confié alors que je n'avais pas terminé mes études à l'ESIT, par un éditeur ami : c'était un ouvrage technique sur le bateau de croisière, et je pense qu'il avait surtout confiance dans mon père, architecte naval, pour m'éviter de dire des bêtises. Les livres suivants sont venus à moi dans la même orientation, tantôt ouvrages techniques, tantôt récits d'aventures maritimes, tours du monde etc.

En dehors de "Défi aux trois caps", de Francis Chichester, pour lequel j'aidû traduire des textes d'époques diverses, le premier ouvrage qu'on peut qualifier de vraiment littéraire a été "La ligne d'ombre" de Joseph Conrad : à l'époque, je collaborais avec Sylvère Monod pour l'édition Pléïade de Conrad. Il s'agissait d'éviter les erreurs techniques dues aux connaissance maritimes insuffisantes des traducteurs d'origine. Et un jour il m'a proposé de retraduire "La ligne d'Ombre", ce qui m'a enchantée.

J'ai aussi travaillé (maii cela n'a rien de maritime !) sur des Essais" de Virginia Woolf, en collaboration avec Claudine Jardin.

   

2/ A que rythme, traduisez-vous ? combien de pages ou de signes par jour ? Avez-vous des conditions idéales de travail ?

 

 

On ne peut pas vraiment fixer un rythme, car tout dépend du texte et de ses difficultés, et des recherches qu'il impose. Il y a toujours des recherches à faire, car il y a de la technique partout.

J'ai l'habitude de dicter mes traductions, de les faire taper et de relire ensuite, à l'écran ou de préférence sur papier. Cela me permet de gagner beaucoup de temps. Et puis l'avantage (immense) est que le texte qui revient ne "m'appartient" pas, je ne l'ai pas encore vu, donc je suis plus facilement critique.

En dictée, je peux travailler 2, 3 heures d'affilée... cela peut correspondre à 10 ou 15 pages. Ensuite, repos ! La journée est faite...


 

3/ J’ai lu avec intérêt le rapport Assouline sur le métier de traducteur, il semble que cela devienne de plus en plus difficile dans la mesure où les délais de traduction sont raccourcis et les traducteurs moins bien payés et probablement moins compétents. Que pensez-vous de ces changements au sein de la profession ? Cela peut-il être tout de même bénéfique pour les jeunes traducteurs fraichement diplômés ?

 

 

Les éditeurs ont toujours tendance à "oublier" la nécessité de traduire le livre qu'ils viennent d'acheter : ils oublient le temps, et aussi le montant. Le traducteur est une sorte de rondelle de caoutchouc qu'on écrase entre le droit d'auteur, la fabrication, la publicité, les remises aux libraires, et, bien sûr, le bénéfice attendu.

Mais je ne pense pas que ce soit nouveau. Le problème s'est toujours posé, et il faut qu'un traducteur se fasse une place, s'impose chez son éditeur, pour pouvoir obtenir des conditions décentes de délai et de rémunération (droit d'auteur second à 1% minimum, et à-valoir à la page correct).

   

4/ Avec environ 150 livres, dont la moitié environ en littérature (Alexander Kent, Joseph Conrad, Julian Stockwin… et Patrick O’Brian !), j’imagine que vous avez vos préférés ? J’ai lu dans une interview que vous n’aviez pas spécialement aimé Moonfleet mais adoré Jack Aubrey. Etes-vous quelquefois tentée d'améliorer le texte d'un auteur ?


Quel que soit le livre (ou le texte, d'ailleurs), on y entre totalement. Je me souviens d'avoir eu presque le mal de mer en traduisant un ouvrage qui ne parlait que de tempêtes, de violence croissante  ("Navigation par gros temps" d'Adlard Coles). A vous dégoûter de la navigation !

Si l'histoire est belle, prenante, c'est bonheur. Si l'écriture est belle, c'est bonheur encore plus grand. Mais il n'est jamais question de modifier le texte : ce serait une trahison du rôle du traducteur, qui est un passeur, un transmetteur de message. Ce qu'il faut, c'est en tirer le meilleur parti, et c'est parfois difficile, en particulier quand l'auteur se lance dans l'humour : les jeux de mots, c'est ce qu'il y a de plus difficile à traduire.

 A côté de ça, j'ai un jour reçu un mot de Patrick O'Brian où il me dit que mes dialogues amoureux sont meilleurs que les siens... pensez si j'ai été fière !


Aubrey.jpg

 

 

5/ C'est après avoir vu l'excellent film de Peter Weir que j'ai eu envie de me précipiter sur l'oeuvre de Patrick O'Brian. J'ai immédiatement aimé cette saga mais c'est  également grâce à votre traduction. J'ai été particulièrement séduite  par la quantité de domaines abordés par l'écrivain, notamment au travers des passions de Mathurin : zoologie, botanique, etc. Certains passages vous ont-ils posé davantage de difficultés ?

 

Dans tout roman, la technique est présente, et O'Brian ne faisait pas exception à la règle. J'ai dû faire pas mal de recherches, et heureusement que j'avais beaucoup de documentation dans les divers domaines abordés, sans oublier la musique, et puis la politique et l'espionnage... tout ça en plus de la navigation, des manoeuvres et des combats;

Mais je crois que le plus difficile a été la transposition de ses passages humoristiques, ou de ses blagues, et des à peu près de Jack Aubrey, pour lesquels j'ai dû parfois l'interroger.

Par exemple, dans je ne sais plus quel tome, Maturin, qu'on a déposé sur une petite île, se voit entouré de "bishop snodgrass". Impossible de trouver ça dans ma documentation, dans toutes les flores possibles... alors j'ai écrit à Patrick O'Brian, qui m'a gentiment répondu : "Oh, ça, je l'ai inventée !".

 J'ai donc à mon tour "inventé" un nom de plante, la "vermentille mitrée", que vous ne trouverez nulle part ailleurs....

 Ce n'est qu'un cas parmi bien d'autres, au moins un ou deux par volume.


 

6/ J'ai déjà lu, et parfois pas entièrement, d'autres sagas maritimes, mais aucune ne m'a autant frappée que celle d'O'Brian. Non seulement grâce à son tandem de héros, mais aussi pour ce mélange de faits historiques, d'aventures, d'humour. On y trouve même des histoires d'amour ! Il me semble que l'on peut rapprocher par moments l'univers d'O'Brian de celui de Jane Austen -et je pense aussi à Alexandre Dumas... - (les descriptions des usages et convenances, tant au sein de l'Amirauté que dans les familles anglaises, les intrigues amoureuses, même si l'histoire avec l'impétueuse Diana se rapproche plus d'Autant en emporte le vent). Pensez-vous que la saga de Jack Aubrey puisse séduire davantage les lectrices que les autres grandes épopées maritimes ? J'ai échangé quelques mots avec Dominique Le Brun qui lui, justement, ne parvient pas à s'enthousiasmer pour O'Brian.

 

Je crois que ce qui plaît dans ces livres, c'est justement qu'ils ne sont pas uniquement "maritimes". Ils abordent tant de sujets divers que chacun peut y trouver son bonheur, peut-être plus que dans un certain nombre d'autres sagas totalement axées sur la marine anglaise de la grande époque, celle de Nelson. Quant à moi, j'ai toujours regretté que ces auteurs n'aient pas réussi à faire se rencontrer leurs différents héros, alors qu'ils naviguent et combattent tous dans les mêmes coins du monde, et sur les mêmes mers. Imaginez une rencontre entre Jack Aubrey et Hornblower, ou Bolitho...

 

 

 7/ Pour quel personnage, ou quel roman en particulier (sur les 20 volumes) avez-vous une préférence ? (Pour moi, c'est définitivement Mathurin !) Et qu'avez-vous pensé de l'adaptation de Peter Weir ?


Le film, qui est superbe, n'a pas eu autant de succès auprès du grand public qu'on pouvait l'espérer. C'est sans doute pour cela qu'on n'a pas fait une suite. C'est peut-être parce qu'il s'agit uniquement d'une histoire d'hommes : si Diana était intervenue, les spectatrices (et les spectateurs) moins tournés vers le côté maritime auraient peut-être été plus nombreux, qui sait?

 

Pour moi, j'aime beaucoup Jack Aubrey, avec son courage, sa naïveté, ses bêtises, et l'évolution psychologique qu'O Brian lui a donnée. Il a plus de chaleur humaine que Mathurin, qui se montre plus intellectuel, malgré une libido de grande activité....

 Mais je l'aime quand même ! 


8/ Enfin, pouvez-vous conseiller quelques unes de vos lectures ou traductions qui puisse évoquer, de près ou de loin, cette formidable saga ?


Les livres de Julian Stockwin que j'ai traduits depuis (la série Kydd) se situent dans la même période, mais avec un point de vue tout à fait différent puisque le héros n'est pas un marin au départ : c'est un jeune homme pris par la presse, jeté à fond de cale, et qui, peu à peu, en vient à aimer la mer, et monte en grade : il deviendra amiral, mais après 14 volumes ! Or je n'en ai traduit que 4, et l'éditeur ne semble pas avoir acheté la suite.... dommage.

 Mais si l'on est attiré par ce domaine et cette époque, il y a quantité de séries anglaises disponibles, comme Hornblower, tous les Ramage de Dudley Pope, et bien d'autres. Celle d'Alexander Kent avec son héros Bolitho est publiée en français. J'en ai traduit un, "Cap sur la Gloire", mais je me suis un peu fâchée avec l'éditeur et n'ai pas fait la suite. Tan pis...

 

 
Par Folfaerie - Publié dans : Conversations autour d'une tasse de thé - Communauté : Salon Lecture
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

A propos de moi

Are you watching closely ?

Humeurs du moment

 

"It's a dangerous business, Frodo, going out of your door," he used to say. "You step into the Road, and if you don't keep your feet, there is no telling where you might be swept off to."

 


 

 

 

logo.gif

 

 

 

 

 

Billets à venir :

Trois hommes dans un bateau de Jerome K Jerome, Le vent de Dorothy Scarborough. Et une flopée de bouquins de la catégorie Nature. Suis très en retard dans la rédaction de mes billets, c'est épouvantable ! 

 

Films à chroniquer : Alatriste, à réserver à ceux qui ont déjà lu les 6 romans..., L'honneur des Winslow

 

 

2012 commence bien : en octobre est sorti le 7ème volume des aventures du Capitaine Alatriste :

 El puente de los Asesinos

A quand la traduction française ??

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je participe aux challenges suivants :

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour vous inscrire et signaler vos billets du challenge Red Power, cliquez sur le logo.

 

challenge red power2

 

 

quizelinor-copie-1.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

Wikio - Top des blogs - Littérature

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés