Je me souviens avoir été frappée dès ma première lecture de la nouvelle de Francis Scott Fitzgerald. Qui m'est toujours restée en mémoire. Quand j'ai pu avoir l'occasion de voir, enfin, l'adaptation de Fincher, je me suis ruée dessus !
Il me semble cependant utile de donner quelques précisions : j'ai lu pas mal de billets sur Benjamin Button, il en ressort que ceux qui ont lu la nouvelle de Fitzgerald après avoir vu le film ont généralement été déçus. Mon conseil est donc de lire Benjamin au préalable. Ma seconde remarque portera sur le genre de la nouvelle : j'ai lu des choses un peu absurdes il faut bien l'avouer concernant les attentes de certains lecteurs. Non ce n'est pas du fantastique, et non le point le plus important n'est certainement pas de savoir comment la mère de Benjamin a pu accoucher d'un vieillard !
Même si le point de départ de cette histoire est peu banal, les amateurs de SF ou de Fantastique peuvent donc passer leur chemin...
Je vais maintenant brièvement faire état des différences entre la nouvelle et le film.
Fincher s'est inspiré des 50 pages de la nouvelle pour aborder les thèmes de cette histoire à sa façon.
- Dans la nouvelle : le Benjamin de Fitzgerald nait à Baltimore en 1860, il connaît ses deux parents, Mr et Mme Roger Button, tombe amoureux d'une jeune femme,Hildegarde et a un fils, Roscoe,
- Dans le film : Benjamin naît à la Nouvelle-Orléans en 1918, on change donc d'époque. Et puis la mère meurt lors de l'accouchement, et le père, Roger Button, se débarrasse aussitôt de ce drôle de bébé dans une pension pour retraités tenue par une jeune femme noire extraordinaire qui va devenir la mère adoptive de Benjamin.
Autre différence, Benjamin a une fille, interprétée par Julia Ormond qui découvre l'indentité de son père fort tardivement et surtout, l'histoire d'amour n'a plus grand-chose en commun. Cette histoire d'amour est le centre du film de Fincher. Benjamin rencontre Daisy, petite fille, et la retrouvera à intervalles réguliers jusqu'à ce que tous deux soient prêts à vivre leur histoire.
Le réalisateur a également gommé un aspect important de la nouvelle : l'humour. Pourtant, l'adaptation ciné est une belle réussite, portée par un très beau casting.
Si l'humour a disparu, Fincher a cependant eu la bonne idée de transposer l'histoire de Benjamin à la Nouvelle-Orléans, où un destin aussi excentrique peut s'épanouir sans provoquer trop d'étonnement. Il y a quelque chose de magique à la Nouvelle-Orléans, ce qui permet l'inclusion de jolies scènes comme l'introduction (l'horloge fabriquée par M. Gateau qui a perdu son fils lors de la Grande Guerre) ou les petites histoires imbriquées (le pensionnaire qui s'est fait foudroyé un nombre incalculable de fois).
«Les rares personnes à qui la courtoisie ne faisait jamais défaut durent se creuser la cervelle pour trouver des formules de félicitation adéquates à adresser aux parents – ils eurent finalement l’ingénieuse idée de déclarer que le bébé ressemblait à son grand-père».
Benjamin était au bord de la demande en mariage. Il fit un effort pour se dominer.
_ Vous êtes juste à l’âge romantique, continuait-elle : cinquante ans ; A vingt-cinq, on est trop superficiel, à trente c’est la pâleur du surmenage, quarante c’est l’époque des longues histoires qui prennent à raconter le temps d’un cigare entier, soixante c’est… bah c’est trop près de soixante-dix, mais cinquante c’est mûr à point. Cinquante ans j’adore.
Six mois plus tard, quand les fiançailles de Melle Hildegarde Moncrief à Benjamin Button furent connues (connues dis-je, car le général Moncrief se serait fait hara-kiri plutôt que de les annoncer) l’émotion fut à son comble dans la haute société de Baltimore. On se rappela l’histoire presque oubliée de la naissance de Benjamin. Portée par un vent de scandale, elle prit les formes les plus incroyables et rocambolesques. On insinua que Benjamin Button était en réalité le père de Roger Button, son frère qui venait de purger quatre ans de prison, John Wilkes Booth sous un faux nom, et même qu’il avait sur la tête deux petites cornes pointues.
L'émotion est davantage présente dans le film, suscitée par une galerie de personnages extraordinaires dont celui de la maman adoptive. Mes passages préférés sont d'ailleurs ceux qui se déroulent au sein de la pension. Oserai-je avouer que l'histoire d'amour entre Benjamin et Daisy ne m'a pas énormément touchée ? C'est en partie à cause du personnage de Daisy, interprétée par Cate Blanchett, qui n'a rien de bien particulier, mis à part sa peur de vieillir, qui influe sur sa vie professionnelle comme sur sa vie privée. Daisy commence vraiment à me plaire lorsqu'elle vieillit, car alors, Benjamin rajeunit, et leur histoire devient réellement tragique et romantique. Si le film est beau et permet d'appréhender des thèmes intéressants sur notre relation au temps, à la vieillesse, sur les occasions manquées et notre (in)aptitude au bonheur, le film demeure trop classique dans son traitement, j'aurai apprécié davantage de fantaisie, d'autant que le personnage de Benjamin, magnifiquement incarné par Brad Pitt, est davantage spectateur de sa propre vie qu'acteur, ralentissant le rythme du film. Malgré ces quelques petites réserves, j'ai été séduite par la réalisation de Fincher, et par les prouesses technologiques (le vieillissement puis rajeunissement de Brad Pitt sont saisissants !). En raison de ces grandes différences, il serait donc dommage de se priver de la lecture de la nouvelle de Fitzgerald, vous l'aurez compris...
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