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2009-02-01T15:23:00+01:00

Are you watching closely ?

Publié par Folfaerie

C'est par cette question que s'ouvre le formidable film de Christopher Nolan, le Prestige, et qui m'a poussée à lire le roman de Christopher Priest dont il est adapté.

C’était le seul film de Christopher Nolan que je n’avais pas pu voir, et je l’ai récemment acheté en DVD pour réparer cet oubli. Le film m’a plu bien au-delà de ce que j’espérais.
Quelques mots pour résumer l’intrigue. A la fin du 19ème siècle à Londres, deux magiciens, Rupert Angier et Alfred Borden, se livrent à un terrible duel. Leur rivalité nait d’un accident, un terrible malentendu et au fil des années, les deux hommes n’auront d’autre but que de se nuire mutuellement. Dévorés par l’ambition et l’orgueil, les deux magiciens s’efforcent d’accéder au sommet de leur art en créant des tours de plus en plus élaborés, de plus en plus surprenants et originaux. Le monde des magiciens est empli de dissimulations, de secrets, qui se répercutent également dans leur vie privée. La haine obsessionnelle qui unit les deux illusionnistes les conduit à des actes de plus en plus graves, jusqu’à commettre l’irréparable…

Le film d’abord. Christopher Nolan et son frère se sont réappropriés le roman de Priest, changeant notamment la fin, sur laquelle je reviendrai. La réalisation est impeccable, l’atmosphère de Londres brumeux à souhait, les décors contribuent pour beaucoup à donner ce ton si particulier au film. Angier est interprété par Hugh Jackman qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôles, tandis que Borden est incarné par le toujours formidable Christian Bale.
Dans le film, comme dans le roman, il est difficile de prendre parti pour l’un ou pour l’autre.

C’est un film qui demande de l’attention. La clé nous est donnée dès le départ : « Are you watching closely ? ». Il faut croire que non car je me suis laissée embarquer par l’histoire sans vraiment penser aux détails, pour le plaisir aussi de pouvoir être surprise à la fin du film.
La structure du film se cale sur les différentes étapes d’un tour de magie : the pledge, the turn et the prestige. Le lien entre les deux hommes est assuré par le personnage de Michaël Caine, qui officie à la fois comme témoin et arbitre. Le scientifique Tesla est interprété par un David Bowie étonnant, son assistant lui, est incarné par un Andy Serkis très sobre et très juste. Nolan a préféré supprimé la partie contemporaine du roman, à savoir la rencontre entre les descendants, de nos jours, pour se concentrer uniquement sur les deux magiciens. Ce n’est pas plus mal, car l’histoire de cette rivalité se suffit à elle-même. Cela a amené le réalisateur, forcément, à modifier la fin de l’histoire. Et j’avoue que je préfère la fin du film plutôt que celle du roman.

Le spectateur ou lecteur se retrouve forcément berné, à naviguer ainsi entre doubles, faux-semblants, apparitions et faux décès... Tout n'est qu'illusion, tout est histoire de perspective. Les deux magiciens sont tenaillés par le même désir, celui de régner en maître dans le monde de la magie. Pour atteindre le but suprême, ils n'hésitent à pas à sacrifier ceux qu'ils aiment et à perdre leur propre intégrité, c'est le cas d'Angier surtout. C'est en cela que leur rivalité est si poignante.

Le roman quant à lui est un récit à quatre voix. L’arrière-petit-fils de Borden est un journaliste enquêtant sur les phénomènes paranormaux (le tout début du roman est d'ailleurs un clin d'oeil à tout ce qui relie les personnages) et qui va rencontrer Kate Angier, l’arrière-petite-fille de Rupert, détentrice d’un lourd secret. Le roman se partage ensuite entre deux journaux intimes, celui d’Alfred et celui de Rupert, si bien que nous avons les mêmes événements perçus et donc rapportés par deux personnes différentes. Chacun des deux magiciens est de bonne foi, aucun des deux n’est un homme foncièrement mauvais, voilà pourquoi il est bien difficile de prendre parti. D'ailleurs, on est loin d'avoir toutes les explications, les deux magiciens jaloux de leurs secrets, ne se dévoilent pas entièrement dans leurs journaux. Mais la pirouette de fin m'a passablement dérangée. Je trouve qu'elle ne colle pas avec le reste de l'histoire par ailleurs formidable. La fin du film me semble plus logique, si on peut parler de logique avec un tel sujet...



La fin du livre occasionne quelques sueurs froides, une conclusion digne d'un roman d'épouvante, alors que je préfère la tristesse qui émane des dernières images du film, renforcée par la très belle chanson de Thom Yorke qui accompagne le générique final, et pour laquelle j'ai complètement craqué.

Le Prestige va désormais figurer parmi mes films préférés, et je suis ravie d'avoir pu découvrir, une fois de plus, grâce au cinéma, un roman pareil, l'une des histoires les plus étranges qu'il m'ait été donné de lire.



Thom Yorke : Analyse

A self-fulfilling prophecy of endless possibility
You roll in reams across the street
In algebra, in algebra

The fences that you cannot climb
The sentences that do not rhyme
In all that you can ever change
The one you're looking for

It gets you down
It gets you down

There's no spark
No light in the dark

It gets you down
It gets you down
You traveled far
What have you found
That there's no time
There's no time
To analyse
To think things through
To make sense

Like cows in the city, they never looked so pretty
By power carts and blackouts
Sleeping like babies

It gets you down
It gets you down
You're just playing a part
You're just playing a part

You're playing a part
Playing a part
And there's no time
There's no time
To analyse
Analyse
Analyse



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commentaires

Sandra 08/03/2009 15:37

Le Prestige est une magnifique histoire. Pour ma part, j'ai d'abord vu le film puis lu le livre. Je regrette d'ailleurs : l'inverse aurait été préférable. Pas facile de comparer les deux versions étant donné qu'elles sont très différentes. J'ai beaucoup aimé le film (malgré quelques incohérences et scènes inutiles ou maladroites, selon moi) mais j'ai largement préféré le roman de Christopher Priest. La fin est en effet horrible, bien plus horrible que celle du film.

Juste un mot sur les acteurs principaux : absolument formidables. J'ai toujours été une très grande fan de Christian Bale, donc rien à dire : il est parfait comme d'habitude ! Cependant, j'ai aussi été très touchée par le jeu de Hugh Jackman alors qu'il ne fait habituellement pas partie de mes acteurs favoris.

Voilà donc une bien belle histoire qui va probablement me hanter encore longtemps... (et qui m'a donné envie de lire d'autres romans de Priest).

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