Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /Juil /2009 18:02

J'ai tenté de voir l'adaptation de James Ivory une première fois, le sujet m'ennuyait, j'ai décroché au bout d'un moment. Quelques années plus tard, je me décide à lire le roman, je ne sais pour quelle raison, qui m'attendait sagement sur une étagère... Quel bonheur cette lecture ! Du coup, j'ai enfin regardé le film, en entier cette fois, celui-là même qui était programmé ce soir sur ARTE.
Le roman d'abord.
Ishiguro a sans conteste été fasciné par cette institution délicieusement désuète et si typiquement britannique : le majordome d'une grande demeure. L'écriture est un véritable plaisir de même que cette observation à la loupe dont Stevens se retrouve être l'objet. Quel pathétique chez cet homme, si engoncé dans sa dignité et sa raideur, si aveuglément dévoué à son lord qu'il en oublie de vivre sa vie. Et manque donc son histoire d'amour avec Miss Kenton, la gouvernante de Darlington Hall.
Trois anecdotes situent d'emblée le personnage : d'abord lorsque son père est mourant et qu'il ne peut recueillir ses derniers mots puisqu'une importante réception se déroule dans les salons du bas, et que Stevens se fait un devoir de rester à son poste, ensuite lorsque l'anecdote préférée du butler dévoile clairement ses aspirations (l'histoire du majordome anglais qui a suivi son employeur aux Indes et qui trouve un tigre dans la salle à manger tandis que la fête se déroule au salon...), et enfin, les affres et angoisses du pauvre Stevens qui se demande sérieusement s'il doit s'entrainer au badinage pour plaire à son nouvel employeur américain...
Alors certes il y a de la tristesse dans ce portrait d'homme (totalement dépourvu d'humour) mais c'est aussi une belle analyse du caractère anglais, finement observé. Et le tour de force du romancier réside dans le fait qu'il parvent à éveiller mon intérêt, voire même ma sympathie pour un personnage que je ne comprends pas...

Antony Hopkins et Emma Thomson interprètent donc les domestiques stylés de cette imposante demeure anglaise. Hopkins est tout simplement metveilleux de finesse et de retenue dans ce rôle. Le scénario prend quelques toutes petites libertés par rapport au roman, mais l'essentiel est là. Cette réserve, cette trop grande pudeur, cette abnégation qui font que deux êtres passent à côté de leur vie personnelle.
Des scènes très émouvantes dans ce film, très cruelles aussi, extrêmement bien servies par les acteurs qui sont formidables (j'ai toujours admiré Emma Thompson...). Moins mouvementé ou corrosif que
Gosford Park de Robert Altman, un film que j'ai adoré, mais certainement plus émouvant.


 

Par Folfaerie - Publié dans : Du papier à la pellicule - Communauté : cinéma et littérature
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