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2009-08-08T21:11:00+02:00

Brèves nouvelles de mon jardin

Publié par Folfaerie

 

C'est le titre d'un fort beau recueil d'Herman Hesse. J'ai découvert cet ouvrage un peu par hasard, dans une librairie de Nevers, et puis il a attendu quelques temps sur une étagère avant que je ne décide à le lire. Bien m'en a pris.
Hermann Hesse a le don de transformer un simple jardin en un lieu poétique propre à susciter le respect et la joie la plus profonde. Car sous la plume de ce formidable écrivain, le jardin devient un lieu de vie à part entière, nécessaire à la paix de l’esprit et à la subsistance de l’homme. Hesse a consacré de longues années à ses jardins, apprenant la patience et l’humilité, et trouvant la paix à laquelle il aspirait lorsque la vie quotidienne devenait trop pesante. Entre conseils de jardinage bio et rêveries solitaires, Hesse nous dévoile un aspect très attachant de sa personnalité.

Le plaisir de cette lecture fut d'autant plus grand que je possède moi-même un jardin, un joyeux fouillis d'arbres et d'herbes sauvages qui inclus un potager. Au fond, une petite surface est laissée en jachère, pour le plaisir de croiser abeilles et papillons, et pour m'amuser à identifer toutes les fleurs qui ont colonisé les lieux. D'une année sur l'autre, ce ne sont pas les mêmes fleurs qui y poussent.
Mon jardin me nourrit, me permet de rêver, de méditer, d'apprendre. Il y a, je crois, une sympathie instinctive entre jardiniers amateurs. Elle se crée aussi envers des écrivains qui ont le culte du jardin.

Sur le thème du jardin, voici quelques unes de mes lectures favorites.
Dans l'oeuvre de Colette, le jardin est omniprésent. De Sido à la Maison de Claudine, en passant par les Vrilles de la vigne et autres textes. Colette sait mieux que personne parler d'un jardin. Avec passion, sensualité... Un peu comme Anna de Noailles qui a choisi la poésie pour mieux glorifier le jardin.

Extrait de la Maison de Claudine :
Grande maison grave, revêche avec sa porte à clochette d'orphelinat, son entrée cochère à gris verrou de geôle ancienne, maison qui ne souriait que d'un côté. Son revers, invisible au passant, doré par le soleil, portait manteau de glycine et de bignonier mêlés, lourds à l'armature de fer fatigué, creusée en son milieu comme un hamac, qui ombrageait une petite terrasse dallée et le seuil du salon... Le reste vaut-il que je le peigne, à l'aide de pauvres mots ?
Je n'aiderai personne à contempler ce qui s'attache de splendeur, dans mon souvenir, aux cordons rouges d'une vigne d'automne que ruinait son propre poids, cramponnée, au cours de sa chute, à quelque bras de pin. Ces lilas massifs dont la fleur compacte, bleue dans l'ombre, pourpre au soleil, pourrissait tôt, étouffée par sa propre exubérance, ces lilas morts depuis longtemps ne remonteront pas grâce à moi vers la lumière, ni le terrifiant clair de lune, - argent, plomb gris, mercure, facettes d'améthystes coupantes, blessants saphirs aigus, - qui dépendait de certaine vitre bleue, dans le kiosque au fond du jardin.
Maison et jardin vivent encore, je le sais, mais qu'importe si la magie les a quittés, si le secret est perdu qui ouvrait, - lumière, odeurs, harmonie d'arbres et d'oiseaux, murmure de voix humaines qu'a déjà suspendu la mort, - un monde dont j'ai cessé d'être digne ?


Extrait des Vrilles de la vigne :
Et si tu arrivais, un jour d'été, dans mon pays, au fond d'un jardin que je connais, un jardin noir de verdure et sans fleurs, si tu regardais bleuir, au lointain, une montagne ronde où les cailloux, les papillons et les chardons se teignent du même azur mauve et poussiéreux, tu m'oublierais, et tu t'assoirais là, pour n'en plus bouger jusqu'au terme de ta vie.

Surprise
(Anna de Noailles)
Je méditais; soudain le jardin se révèle
Et frappe d'un seul jet mon ardente prunelle.
Je le regarde avec un plaisir éclaté;
Rire, fraîcheur, candeur, idylle de l'été!
Tout m'émeut, tout me plaît, une extase me noie,
J'avance et je m'arrête; il semble que la joie
Etait sur cet arbuste et saute dans mon coeur!
Je suis pleine d'élan, d'amour, de bonne odeur,
Et l'azur à mon corps mêle si bien sa trame
Qu'il semble brusquement, à mon regard surpris,
Que ce n'est pas ce pré, mais mon oeil qui fleurit
Et que, si je voulais, sous ma paupière close
Je pourrais voir encor le soleil et la rose.



Le verger
(Anna De Noailles)
Dans le jardin, sucré d'oeillets et d'aromates,
Lorsque l'aube a mouillé le serpolet touffu,
Et que les lourds frelons, suspendus aux tomates,
Chancellent, de rosée et de sève pourvus,

Je viendrai, sous l'azur et la brume flottante,
Ivre du temps vivace et du jour retrouvé,
Mon coeur se dressera comme le coq qui chante
Insatiablement vers le soleil levé.

L'air chaud sera laiteux sur toute la verdure,
Sur l'effort généreux et prudent des semis,
Sur la salade vive et le buis des bordures,
Sur la cosse qui gonfle et qui s'ouvre à demi ;

La terre labourée où mûrissent les graines
Ondulera, joyeuse et douce, à petits flots,
Heureuse de sentir dans sa chair souterraine
Le destin de la vigne et du froment enclos.

Des brugnons roussiront sur leurs feuilles, collées
Au mur où le soleil s'écrase chaudement ;
La lumière emplira les étroites allées
Sur qui l'ombre des fleurs est comme un vêtement.

Un goût d'éclosion et de choses juteuses
Montera de la courge humide et du melon,
Midi fera flamber l'herbe silencieuse,
Le jour sera tranquille, inépuisable et long.

Et la maison, avec sa toiture d'ardoises,
Laissant sa porte sombre et ses volets ouverts,
Respirera l'odeur des coings et des framboises
Éparse lourdement autour des buissons verts ;

Mon coeur, indifférent et doux, aura la pente
Du feuillage flexible et plat des haricots
Sur qui l'eau de la nuit se dépose et serpente
Et coule sans troubler son rêve et son repos.

Je serai libre enfin de crainte et d'amertume,
Lasse comme un jardin sur lequel il a plu,
Calme comme l'étang qui luit dans l'aube et fume,
Je ne souffrirai plus, je ne penserai plus,

Je ne saurai plus rien des choses de ce monde,
Des peines de ma vie et de ma nation,
J'écouterai chanter dans mon âme profonde
L'harmonieuse paix des germinations.

Je n'aurai pas d'orgueil, et je serai pareille,
Dans ma candeur nouvelle et ma simplicité,
A mon frère le pampre et ma soeur la groseille
Qui sont la jouissance aimable de l'été,

Je serai si sensible et si jointe à la terre
Que je pourrai penser avoir connu la mort,
Et me mêler, vivante, au reposant mystère
Qui nourrit et fleurit les plantes par les corps.

Et ce sera très bon et très juste de croire
Que mes yeux ondoyants sont à ce lin pareils,
Et que mon coeur, ardent et lourd, est cette poire
Qui mûrit doucement sa pelure au soleil...

Avec Patrick Cauvin, le jardin a une toute autre dimension. Jardin fatal est un polar aux accents fantastiques qui met en scène le lobby militaire et les OGM. Le héros, Alan, est directeur de recherches dans un labo privé, une filiale française d’une multinationale  qui travaille sur l’étude des structures du phénomène végétal. Sujet a priori inoffensif mais c’est sans compter un savant fou, collègue  d’Alan, qui découvre qu’il peut manipuler les végétaux et les rendre mobiles et autonomes. La première victime du rosier tueur qu’Alan héberge dans sa maison sera le chat. Le cauchemar ne fait que commencer. Et voilà comment des plantes tueuses vont déclencher une troisième guerre mondiale ! Comme toujours chez Cauvin, du suspense et pas mal d’humour. C’est un peu « Les trois jours du Condor » sauce Jean-Marie Pelt. Mais sous ses airs de polar, ce roman amène le lecteur à réfléchir sur les manipulations génétiques. Un bon livre.

Le jardin secret de Frances H. Burnett est une délicieuse histoire pour la jeunesse qui raconte l'amitié entre une petite orpheline désagréable, Mary, prise en charge par son oncle dans son beau château anglais, son cousin malade, Colin et le jeune fils des fermiers, Dickon. Car mary, au cours de ses pérégrinations dans la propriété, a découvert un jardin secret, abandonné, qu’elle décide de transformer en un royaume pour les fleurs. Cette quête va bien évidemment transformer Mary et Colin, tandis que le jeune Dickon est à la fois le guide et celui grâce à qui cette émouvante aventure est menée à son terme.

Erik Orsenna a écrit il y a quelques années une petite biographie  intéressante sur Lenôtre : Portrait d'un homme heureux. Le jardinier de Louis XIV a contribué à faire de Versailles le joyau que toute l'Europe admire et le livre est une bien jolie promenade, un bel hommage, joliment ciselé et travaillé, à un homme qui a consacré sa vie aux jardins, à un certain idéal de vie.

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