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2009-09-07T16:42:00+02:00

Le capitaine Alatriste (Arturo Perez-Reverte)

Publié par Folfaerie

J’ai « rencontré » le capitaine Alatriste en 2001, au détour d’une librairie parisienne ; le coup de foudre fut total et immédiat. Comme j’ai terminé hier le sixième volet de ses aventures, j’en profite pour le mettre à l’honneur.

 

Diego Alatriste est un spadassin qui vit à Madrid sous le règne de Philippe IV. L’ancien soldat vivote, comme tant d’autres, dans cette Espagne corrompue et affaiblie mais encore fière et belliqueuse. Epoque propice aux aventures de toutes sortes, aux duels, aux complots et aux hommes de la trempe d’Alatriste.

Le capitaine a un petit point faible. Homme d’honneur malgré son statut de tueur, il répugne à assassiner autrement qu’en duel. C’est la raison pour laquelle, n’ayant pas achevé l’une de ses missions, il va avoir pour ennemis ceux-là mêmes qui avaient commandité le meurtre : le secrétaire du roi et le redoutable Inquisiteur Bocanegra.

Dans ce premier volume enthousiasmant, écrit d’une plume alerte et soignée, Alatriste va croiser la route de Buckhingham, pas encore Duc et de Charles, prince de Galles. Clin d’œil de l’auteur à l’œuvre de Dumas…

Perez-Reverte est un érudit et connaît l’histoire de son pays sur le bout des doigts, le plaisir de la lecture en est donc augmenté.

 

Dans les Bûchers de Bocanegra, Alatriste et son jeune protégé Inigo (le narrateur des aventures du capitaine) vont devoir lutter contre de biens perfides ennemis. A leur suite, nous allons nous aventurer dans les couvents et geôles de l’Inquisition. L’auteur en profite pour nous dresser le portrait de cette institution vouée à faire la chasse aux hérétiques et qui, au nom de la religion catholique, commettait les pires excès. Il n’est pas étonnant que tous, du simple citoyen au soldat, en passant par les fonctionnaires zélés de sa majesté, se mettaient à trembler au seul nom de l’Inquisition…

 

Le Soleil de Breda est un roman de transition. A peine rescapés des griffes de Bocanegra, le capitaine et Inigo se retrouvent au cœur de la guerre des Flandres. Adieu les ruelles étroites et mal famées de Madrid, les complots et les intrigues, nous voici sur le champ de bataille, lors du siège de Breda que Velasquez peignit quelques années plus tard. Inigo fait son apprentissage auprès du capitaine, toujours aussi taciturne et désabusé. Car les vétérans Espagnols, entre deux morceaux de bravoure, sont plongés dans une véritable boucherie où dominent la peur, la bassesse et la crasse. Le jeune Inigo prend un peu plus d’importance dans ce roman, une certaine tristesse flotte sur les dernières pages, et Perez-Reverte nous dévoile en partie le destin du Capitaine.

 

L’or du roi permet à notre valeureux capitaine, encore plus taciturne si la chose est possible, de mener une mission plus lucrative mais fort dangereuse. Tandis que le jeune Inigo et la belle Angelica poursuivent leur dangereux pas de deux, Alatriste recrute donc la douzaine d’hommes nécessaires au bon déroulement de cette audacieuse mission commanditée par le roi. Dans ce pays si contradictoire, les bandits ont plus d’honneur que les nobles…

Scènes de combats sanglantes, héroïsme, panache… Même si ce volet ne nous apprend rien de neuf sur le capitaine, tous les bons ingrédients du cape et d’épée sont réunis.

 

Dans le gentilhomme au pourpoint jaune au contraire, une autre facette du caractère du capitaine nous est révélée. Cette fois, Alatriste s’oppose à son roi pour les beaux yeux d’une femme. C’est qu’il a des principes, on ne plaisante pas avec l’honneur. Il va devoir également batailler contre ses ennemis de toujours, dont le cruel Bocanegra, et se tirer d’un très mauvais guêpier qui risque de lui coûter sa tête. Pendant ce temps, Inigo va connaître sa première et dangereuse nuit d’amour auprès de cette diablesse d’Angelica, qui ne sera pas sans conséquences sur la vie de notre  héros.

 

Corsaires du levant marque à nouveau une transition. Nous ne sommes plus à Madrid mais sur la galère «la Mulâtre » à sillonner la Mediterranée   à la poursuite des Turcs (et sous ce vocable on désigne finalement pas mal de monde, Barbaresques, Infidèles, bref ennemis de sa très catholique majesté). Un monde tout aussi cruel que les champs de bataille des Flandres. Les batailles navales sont de véritables boucheries, chacun taille, tranche, décapite, éventre à qui mieux mieux. La vielle haine qui oppose Espagnols et infidèles est soigneusement entretenue de part et d’autres. Mais si à l’occasion on peut tomber sur des Anglais, c’est aussi bien, pas de quartiers. L’Espagne qui trahit ses soldats, les abandonne, doit non seulement faire face aux Turcs mais également aux Anglais, Français, etc.

Quelle vie abominable pour ce soldats oubliés sur des terres hostiles. Encore ceux-là sont-ils chanceux face aux galériens. Pauvres diables condamnés à subir le fouet et les cadences infernales des galères espagnoles. Tous ces combattants enragés ne songent qu’à s’étriper, oubliant compassion ou générosité car même lorsque l’ennemi crie grâce, la mort s’abat. Tous ? Non, le capitaine Alatriste sait encore faire la part des choses. C’est en secourant une jeune Berbère violée par des soldats de son pays qu’il va faire la connaissance d’un nouveau personnage fort attachant que nous devrions revoir très prochainement. Et ce nouveau compagnon est fort bienvenu car j’avoue que le jeune Inigo m’a considérablement agacée dans ce dernier volet. Une crise d’adolescence un peu tardive sans doute, mais enfin il n’a que 17 ans…

Ce dernier volume m’a donc ravie, malgré la violence et la noirceur de l’histoire (la fin est fort poignante).

 

Cependant, j’ai quand une petite réserve sur l’ensemble des aventures du valeureux capitaine. Je pense que Perez-Reverte devrait laisser Inigo au second plan, mais vraiment au second plan, d’autant que sa relation ambiguë avec cette garce d’Angelica commence à me lasser, pour se concentrer davantage sur le capitaine. Voilà, c’est la seule chose qui me chiffonne. Donc rendez-vous pour le 7ème volume.

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