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2012-07-28T11:38:00+02:00

Conversation avec Anne Struve-Debeaux

Publié par Folfaerie

C'est avec un grand bonheur que j'ai découvert que l'amusant docteur Dolittle allait de nouveau avoir les honneurs d'une traduction française. C'est un personnage de la littérature qui a une grande place dans mes lectures d'enfance. Il était donc logique que j'ai envie de bavarder avec la traductrice de ce merveilleux classique. Je la remercie non seulement pour sa disponibilité et son amabilité  mais aussi pour la richesse de cet échange, passionnant et instructif.Madame Struve-Debeaux est Professeur agrégé de lettres modernes. Docteur ès lettres de l’Université Paris IV-Sorbonne. Qualifiée aux fonctions de maître de conférences (CNU section 9, langue et littérature françaises). Membre titulaire du Centre des Sciences de la Littérature Française (CSLF) de l'Université Paris Ouest - Nanterre-La Défense. Membre associé du Centre de Recherche en Littérature Comparée (CRLC) de l'Université Paris IV-Sorbonne. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France (ATLF). Membre de l'Académie Giraudoux. 

 

 

Folfaerie — En examinant votre parcours (vous êtes notamment Membre associé du Centre de Recherche en Littérature Comparée (CRLC)de l'Université Paris IV-Sorbonne et Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France), il semble presque naturel que vous traduisiez. Mais comment avez-vous débuté et avec quelle œuvre ?

 

Anne STRUVE-DEBEAUX — C’est durant mon séjour au Japon, vers 1996, que l’idée de traduire des textes en français m’est venue pour la première fois.

J’étais alors lectrice à l’université, et depuis environ sept ans dans ce pays. Et je sentais qu’au fil des ans, il me devenait de plus en plus difficile d’écrire dans ma propre langue. Je ne pouvais guère la parler qu’avec quelques étudiants en cours, et ma fille, encore toute jeune, à la maison, et je commençais à la perdre – à en perdre peu à peu la structure et la logique. Tous les expatriés connaissent ce problème au bout d’un certain temps. Et dans un pays comme le Japon, où même les lettres de notre alphabet sont à peu près totalement absentes, cette perte est encore plus radicale et plus rapide. J’en étais arrivée à devoir lutter toute une journée, parfois plus, pour écrire un seul paragraphe en français. Et je me suis dit qu’il fallait absolument trouver un moyen de renouer avec la langue française – autrement qu’en écrivant des articles. Par un travail sur la langue même. J’ai alors pensé à la traduction. Je n’avais aucune expérience dans ce domaine, hormis celle, modeste, acquise lors de mes études – lors des exercices de version latine, anglaise ou allemande. Mais la pratique m’en avait toujours plu. J’avais toujours aimé ce travail de transposition et d’adaptation d’une langue à une autre. Et je me suis lancée.

J’ai commencé par des co-traductions du japonais. Un de mes étudiants me donnait le mot à mot, et je travaillais ensuite en m’appuyant sur cette traduction littérale – et ce que je savais de japonais. Nous avons ainsi traduit des textes de poètes contemporains, et des chroniques sur le jazz de Haruki Murakami. J’avançais très lentement. Un vrai travail de fourmi – surtout pour les poèmes. Mais c’était passionnant. Et cela m’apportait ce que j’espérais : la possibilité de reconquérir peu à peu ma langue maternelle. Car le travail de traduction, en littérature, s’il nécessite une bonne compréhension de la langue étrangère que l’on traduit – « la langue source » -, est d’abord un travail sur sa propre langue.

Ces premières traductions sont parues en 1997 dans la revue Europe : dans un numéro comportant une trentaine de pages consacrées à la poésie contemporaine japonaise ; et dans un autre intitulé Jazz et littérature.

 

http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv36548509.jpg

 

  Folfaerie — Vous avez donc d’abord traduit du japonais. Qu’est-ce qui vous a poussée finalement à traduire de l’anglais ?

 

  Anne STRUVE-DEBEAUX Mon départ du Japon m’a définitivement éloignée de la langue japonaise – que je ne connaissais d’ailleurs qu’imparfaitement, ne l’ayant jamais véritablement étudiée. Je pouvais traduire seule des textes simples, mais dès que cela devenait plus difficile, il me fallait recourir à l’aide d’un co-traducteur. Ce ne pouvait être qu’une activité occasionnelle.

En revanche, l’anglais m’est beaucoup plus familier. Je suis constamment amenée, pour mes recherches, à lire des articles ou des ouvrages en anglais. Je dois aussi, de temps à autre, rédiger des conférences ou des articles en anglais. Et au Japon, il m’est arrivé d’enseigner toute une année la littérature comparée en anglais. Je suis naturellement beaucoup plus à l’aise dans cette langue, que je n’ai jamais cessé de pratiquer – tout au long de mes études, puis, ensuite, dans l’exercice de mon métier.

 

  Folfaerie La traduction des Voyages du Docteur Dolittle vous a-t-elle été demandée ou avez-vous proposé ce titre à une maison d'édition ? Si c'est le cas, pourquoi avoir choisi une œuvre de la littérature de jeunesse et Hugh Lofting en particulier ?

 

  Anne STRUVE-DEBEAUX   Cette traduction ne m’a pas été demandée, car lorsque l’idée m’en est venue – l’on était alors en mars-avril 2011 – je ne connaissais pas encore les éditions Ipagine : je ne les ai découvertes qu’au moment où j’ai commencé à chercher un éditeur susceptible d’être intéressé par mon projet.

C’est d’ailleurs tout simplement en parcourant des listes de maisons d’édition sur internet, que je les ai trouvées.

Cette maison d’édition m’a d’emblée paru correspondre à ce que je cherchais : elle annonçait une collection dédiée à la littérature anglaise, avait déjà publié quelques titres pour la jeunesse – et sa devise – « Chevauchez les nuages de vos rêves » - était tout à fait compatible avec l’univers de Hugh Lofting. 

Outre qu’à ma grande surprise, elle se trouvait tout à côté de chez moi, à un quart d’heure à pied de promenade, ce qui rendait très simple, pour nous, de nous rencontrer… 

Les choses se sont faites ensuite très vite, en un jour ou deux, je crois. J’ai pris contact avec l’éditrice, Maude Corrieras. Nous nous sommes retrouvées autour d’une tasse de café, avec des membres de son équipe, le courant est passé, et nous avons décidé de la marche à suivre : un premier envoi correspondant à la première partie de l’ouvrage avant la fin du mois de juin, puis, si cela convenait, le reste avant le 30 septembre.

Quant au choix de Hugh Lofting, il n’a pas non plus été prémédité. Je n’avais pas même l’intention de traduire un livre pour la jeunesse, avant que ce projet ne se forme, ni celle, d’ailleurs, de traduire un quelconque ouvrage à ce moment-là – car j’avais d’autres travaux en cours et songeais à tout autre chose.

C’est un choix qui s’est fait un peu par hasard, et de manière plus intuitive que raisonnée. Par toute une succession de circonstances et d’idées.

On était, comme je l’ai dit, au printemps 2011. Et on venait d’annoncer le décès d’Elisabeth Taylor. J’avais revu Cléopâtre, avec Richard Burton dans le rôle de Marc-Antoine et Rex Harrisson dans celui de César. Puis parcouru la filmographie de Rex Harrisson, et regardé L’Extravagant Docteur Dolittle, que je ne connaissais pas encore – où Rex Harrisson incarne le docteur Dolittle. Et une chose m’étonnait : de ne pas retrouver véritablement, dans le film, les récits de Hugh Lofting que j’avais lus de mon enfance. Je me souvenais très bien de l’évasion de l’otarie Sophie déguisée en femme – comment l’oublier ! – mais nullement du séjour du Docteur sur une île habitée par des Indiens – et encore moins du gigantesque escargot de mer surgi à la fin de l’histoire pour ramener le Docteur dans son Angleterre natale.

 

Cela m’a intriguée. J’ai repris les livres de mon enfance – c’étaient les trois ouvrages publiés dans la Bibliothèque rose, dans les années 60 – et les ai parcourus, à la recherche des éléments du film que je cherchais. Puis, ne les y trouvant pas, je me suis reportée aux versions originales, en anglais, disponibles sur internet.

 

Et c’est là que je me suis aperçue que la version publiée dans la Bibliothèque Rose était en fait très incomplète. Pour Les Voyages du Docteur Dolittle, plus précisément, seuls les trois premières parties avaient été traduites – sur un ensemble en comportant six. Et très vite, en lisant le texte intégral en anglais, je me suis dit que ces récits méritaient une nouvelle traduction – une traduction qui permette de les redécouvrir. Ce n’était pas qu’une succession d’épisodes farfelus, sans liens les uns avec les autres et ne débouchant sur aucune fin véritable. Un fil directeur unissait les péripéties, et donnait à l’ensemble toute sa cohérence et sa profondeur.

 

A quoi il faut ajouter, sans doute, que j’étais parvenue à un moment de ma vie où il m’était devenu possible de m’intéresser au Docteur Dolittle d’une autre manière que lorsque j’étais enfant : comme à une figure du savant et du poète – avec ce qu’ils ont en commun, c’est-à-dire la passion, l’imagination, l’intuition… Une même capacité d’émerveillement, aussi, qui les rapproche du monde de l’enfance, et une même difficulté à se coltiner le réel…

 

Mais j’aurais pu traduire, il est vrai, comme on me l’a parfois fait remarquer, L’Histoire du docteur Dolittle, qui inaugure la série, plutôt que Les Voyages, qui ne viennent qu’après. J’ai hésité de fait entre les deux livres. Et si je me suis finalement décidée pour Les Voyages, c’est qu’ils m’ont paru d’une plus grande richesse d’imagination et de sens, mieux aboutis, et d’une plus grande maturité. Comme si Hugh Lofting, à partir de ce second livre, était parvenu à mieux cerner les enjeux de son œuvre et les moyens dont il disposait. C’est d’ailleurs ce récit qui a été récompensé par la Médaille Newbery en 1923, l’un des prix les plus prestigieux de la littérature de jeunesse aux Etats-Unis.

 

Voilà ce qui m’a amenée, je crois, à entreprendre la traduction des Voyages. Mais à la vérité, il est souvent difficile de dire comment une idée vous vient. Cela se fait au travers de toutes sortes de rêveries et de dérives, au travers de toutes sortes de méandres, jusqu’au moment où, finalement, l’idée s’impose dans toute sa nécessité.

 

 

http://javiuesse.files.wordpress.com/2012/03/doutor-dolittle-rex-harrison.png

 

  Folfaerie— La littérature anglo-saxonne est riche de classiques pour la jeunesse qui peuvent d’ailleurs être aussi bien lus par les adultes. A votre avis, pourquoi certains sont toujours lus et traduits encore aujourd’hui alors que d’autres  sont, au fil des années, publiés puis épuisés, puis retraduits et parfois à nouveau oubliés ? Je pense notamment à Pamela Lyndon Travers et Mary Poppins récemment traduit par les éditions du Rocher (mais la série complète comporte 8 tomes qui ne seront vraisemblablement jamais traduits) ou (même si on s’écarte un peu de la littérature jeunesse), la série des Tarzan d’Edgar Rice Burroughs, aujourd’hui épuisée, entre autres exemples.

 

  Anne STRUVE-DEBEAUX   De manière générale, c’est l’ensemble de la littérature de jeunesse de l’entre-deux-guerres – et pas seulement anglo-saxonne – qui, de nos jours, et en France plus particulièrement, souffre d’être plus ou moins ignorée – alors qu’il s’agit d’une production d’une richesse extraordinaire, qui a véritablement renouvelé le genre.

Cela tient sans doute, d’abord, à la rupture radicale qu’a représentée la Seconde Guerre mondiale. Car dans les décennies qui ont suivi la guerre, c’est un monde totalement différent qui s’est peu à peu mis en place, fondé sur d’autres valeurs, d’autres aspirations, et un tout autre imaginaire.

Les ouvrages qui ont le mieux résisté sont peut-être ceux qui semblent les plus détachés de toute référence à l’époque qui les a vus naître. Je pense notamment à Winnie l’Ourson.

 

Mais les récits les plus ancrés dans la réalité de leur époque d’origine ont eu, c’est certain, plus de difficultés. Ceux, par exemple, figurant, dans la continuité du XIXème siècle, une hiérarchie sociale qui n’a plus vraiment cours, avec maîtres et domestiques. Par exemple la série des Mary Poppins. Ou ceux qui, en s’appuyant sur tout un imaginaire colonial, évoquent des contrées lointaines et exotiques, et posent, d’une manière ou d’une autre, la question du rapport entre nature et culture. On peut songer à la série des Tarzan. Ou, pour une part, à celle des Docteur Dolittle. Tous ces ouvrages, nous les aurions peut-être tout à fait oubliés, si le cinéma ne s’en était emparé.

 

On le sait, l’auteur qui a largement dominé les années 50-60 a été Enid Blyton – avec ses fameuses séries : Oui-Oui, Le Clan des Sept, Le Club des Cinq… Et l’on mesure tout ce qui sépare sa conception de l’aventure de celle qui a prévalu dans les années 20-30. Dans l’univers d’Enid Blyton, tout se déploie dans les espaces familiers de la vie quotidienne – la maison, le quartier, la pension… Ou non loin de là, le temps de quelques vacances : à la campagne, à une journée de bicyclette, ou sur un îlot, que l’on gagne à la rame. Le mystère, l’étrangeté ne sont plus à l’autre bout du monde – en Afrique, en Amérique latine ou en Asie. Pas de jungle – tout au plus une lande déserte ou une colline isolée. Ni de peuplades primitives. Et si Jo, la petite gitane, est un peu « sauvageonne », elle n’est pas un sauvage.

 

Les années 90-2000, ensuite, ont aussi contribué à écarter bon nombre d’ouvrages pour la jeunesse nés dans l’entre-deux-guerres. En réorientant la littérature de jeunesse dans une nouvelle direction : celle d’un univers surnaturel peuplé de sorciers et de créatures fabuleuses – vampires, fées et monstres divers – sur fond de conflit entre le bien et le mal. Avec comme précurseur de génie, Tolkien.

 

Mais il faut préciser que les jeunes lecteurs et le monde de l’édition ne sont les seuls à s’être détournés des ouvrages des années 20-30. Les chercheurs en littérature de jeunesse ont eux-mêmes longtemps délaissé la production de cette période – préférant se consacrer aux auteurs du XIXème siècle – Jules Verne et la comtesse de Ségur en tête – ou aux auteurs contemporains, comme J.K. Rowling. De sorte qu’il existe, de nos jours encore, très peu de spécialistes des écrivains pour la jeunesse de l’entre-deux guerres, même si les choses commencent à évoluer. Parmi les travaux récents ou en cours, l’on peut mentionner l’essai de Mathilde Lévêque Écrire pour la jeunesse en France et en Allemagne dans l'entre-deux-guerres, paru aux Presses universitaires de Rennes (PUR) en 2011 ; ou encore le colloque que nous organisons ensemble, Mathilde Lévêque et moi, à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense les 27 et 28 septembre prochains : La littérature pour la jeunesse dans l’entre-deux-guerres : renouveau et mutations, qui, nous l’espérons, débouchera sur une publication riche d’intérêt et de découvertes.

 

  Folfaerie— Dans une interview radio, vous avez évoqué le lien entre les univers de Lofting et Jules Verne. A votre avis, cette comparaison joue-telle en faveur de Lofting pour un éditeur français ?

 

  Anne STRUVE-DEBEAUX Il est certain que les voyages du Docteur Dolittle s’inscrivent, pour une part, dans la continuité des Voyages extraordinaires de Verne.

Cette influence est perceptible dans le choix du personnage principal, qui, comme les héros de Jules Verne, est un savant quelque peu excentrique, passionné par l’étude de la nature, et un explorateur intrépide. Mais elle se révèle aussi au travers des aventures mêmes qui nous sont contées. Tantôt de manière diffuse, dans la reprise d’un certain nombre de sujets de prédilection de la fiction vernienne, tels que les îles inexplorées, les volcans, le voyage au pôle, l’observation du ciel ou l’affrontement de conditions météorologiques ou atmosphériques extrêmes… Tantôt de manière plus précise. Par exemple, dans le second volume de la série, Les Voyages du docteur Dolittle, où certains épisodes évoquent irrésistiblement le souvenir de Vingt mille lieues sous les mers : l’on y voit le Docteur Dolittle, comme le capitaine Nemo, traverser la mer des Sargasses, croiser des icebergs scintillants de mille feux, rencontrer un troupeau de baleines, et surtout partir à la découverte des grands fonds sous-marins dans un habitacle transparent.

 

Et de même, comment ne pas songer à Jules Verne quand, dans Le Docteur sur la lune, nous assistons à l’envol du Docteur et de ses compagnons, puis à leur découverte, du côté de la face cachée de la lune, d’océans et de forêts immenses ? A cela près que Jules Verne se contente de faire tourner ses personnages en orbite autour de la lune, alors que Hugh Lofting, lui, n’hésite pas à débarquer les siens sur le sol même de notre satellite, et à les y faire séjourner de longs mois.

 

Cependant, je ne pense pas que ces correspondances existant entre les deux auteurs puissent vraiment influencer un éditeur français dans son projet de publier Hugh Lofting. Car les univers de Jules Verne et de Hugh Lofting sont aussi extrêmement différents – Hugh Lofting ne puisant au modèle de la fiction vernienne, que pour mieux, en définitive, en transgresser les codes et les stéréotypes.

 

On note ainsi, dans les récits de Hugh Lofting, une mise à distance constante de la science et des techniques modernes qui demeure étrangère à l’œuvre de Jules Verne, même si celui-ci ne partageait pas la foi positiviste de son éditeur dans le progrès scientifique. Et, également – ce qui est lié – un brouillage constant du principe de raison. Nul souci d’une quelconque vraisemblance ou rationalité, dans l’univers du docteur Dolittle. Nous entrons dans un monde à part, régi par d’autres lois – un monde où tout devient permis, et qui autorise toutes les libertés, toutes les fantaisies.

 

http://img.tfd.com/authors/lofting.jpg

 

  Folfaerie— La traduction des Voyages du Docteur Dolittle présente-t-elle des difficultés techniques particulières ?

  Anne STRUVE-DEBEAUX Les Voyages ne sont pas un récit facile à traduire – même s’il s’agit d’un livre pour enfant qui peut paraître très simple à la première lecture.

Le traducteur doit d’abord porter une attention particulière à la polyphonie du récit. On y entend toutes sortes de voix. Matthew, le marchand de mou, ne parle évidemment pas comme Bumpo, le prince africain qui a fait ses études à Oxford ; ni Polynesia, la vieille dame perroquet, comme Miranda, la belle oiselle de paradis. Chaque personnage a ses particularités, ses manies langagières, qu’il faut essayer de retranscrire. Et, par ailleurs, c’est un récit qui présente aussi des changements de registre fréquents. A une page très lyrique peut succéder, sans transition, un passage totalement loufoque ou une phrase teintée d’ironie. Il faut être très attentif aux détails, aux moindres nuances et inflexions du texte.

 

Par ailleurs, on a aussi affaire à un récit très rapide, ce qui complique aussi la traduction. Tout à la fois du fait de la langue anglaise, capable de condenser à l’extrême, et de la vivacité de l’écriture de Hugh Lofting. De sorte que, très souvent, faut trouver des moyens de « ralentir » le récit pour le rendre lisible en français.

 

Et puis il y a les fins de chapitre, qui sont parfois très soignées par l’auteur, et demandent, dans ce cas, d’être aussi beaucoup travaillées. Les jeux de mots, auxquels il faut trouver des équivalents. Et les passages lyriques, en vers ou en prose. La traduction du passage où le « frétillon argenté », retenu prisonnier dans un aquarium, se souvient du temps où il pouvait nager librement dans la mer, nécessite ainsi de longues heures de travail. De même que celle des deux poèmes qui ponctuent la fin du récit : « Le Chant des Trois Terribles », qui est une parodie d’épopée, et l’ensemble des strophes retraçant les exploits du Docteur Dolittle devenu le roi de l’île des Singes-Araignées, qu’il faut lire comme une parodie d’hagiographie.

 

Mais en dépit de ces difficultés, traduire Hugh Lofting demeure à coup sûr extrêmement plaisant. D’abord, parce que les livres de cet auteur sont très attrayants. Ce sont des récits pleins de variété, de drôlerie et de charme, et qui possèdent une réelle qualité d’écriture – Hugh Lofting est incontestablement un véritable écrivain. Et ensuite, parce qu’ils présentent toujours plusieurs niveaux de lecture – ils s’adressent aux enfants, mais peuvent aussi bien être lus par les adultes. Chaque âge peut y trouver un intérêt et un plaisir. Et plus encore : une part de rêve et de bonheur.

 

 

 

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