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2010-04-04T08:07:00+02:00

Guillem Lombardo le rebelle (Fabio Troncarelli)

Publié par Folfaerie

9782708956049.gifUn sujet rarement exploité et très bien traité par un spécialiste italien de paléographie latine et codicologie : l'inquisition au Mexique au XVIIe siècle. Cette époque n'est pas analysée sur toute sa durée mais à travers un personnage ayant vécu une période charnière, Guillen Lombardo (1615-1659), qui a donné naissance à la légende de Zorro, et qui a inspiré Kipling pour "l'homme qui voulut être roi".

C'était un Irlandais qui, de son vrai nom, s'appelait William Lamport et qui se mit au service d'Olivares, éminence grise du roi d'Espagne Philippe IV. Pour un aventurier jeune et idéaliste, et loin d'être inculte, le Nouveau Monde représentait une réelle opportunité. Le Mexique était alors une vice-royauté, gouvernée par un vice-roi cupide et incompétent, qui pillait sans vergogne dans les caisses de l'Etat. La mission de Lombardo était donc d'espionner les agissements du vice-roi et d'en faire un rapport qui compromettrait le personnage et provoquerait sa destitution. L'homme le plus influent du moment était l'évêque Palafox, dont les réformes et suggestions étaient fort impopulaires parmi la haute société de Mexico. Les injustices étaient pourtant monnaie courante. Il existait un système de castes divisées en 25 catégories, dont la dernière se composait des Indiens et Noirs de sang pur. La corruption régnait à tous les niveaux, les moeurs étaient très relâchées y compris au sein des ordres religieux, et surtout, le tribunal de l'inquisition était tout-puissant.

Alors que vient faire Lombardo dans cette histoire ? Il avait tout simplement monté un projet audacieux mais bien pensé : soulever les populations indigènes, avec l'appui de Palafox, afin de faire cesser les injustices et leur donner un roi digne de ce nom. Il y avait tout de même 3 500 000 indiens pour 200 000 blancs. Parallèlement à son travail d'espion, Lombardo, suivant en cela les traces de Las Casas, n'hésitait pas à prendre la défense des Indiens et à remettre en cause la souveraineté de l'Espagne sur le Nouveau Monde. Il avait par ailleurs soutenu Palafox que l'Inquisition commençait à regarder de travers. C'était un jeu dangereux et l'Inquisition ne tarda pas à s'intéresser à lui. Arrêté et emprisonné avant d'avoir pu mener à bien son projet, Lombardo servit de bouc émissaire. Comme toujours en politique, les alliances faites et défaites, les vrais-faux amis, les trahisons, les revirements ponctuèrent son séjour dans les geôles insalubres de Mexico où il subit de mauvais traitements et même des tentatives d'assassinat. Il fut l'un de ces rois de l'hiver, comme les appelaient les espagnols, un roi éphémère, incarné par ces mannequins de paille que l'on brûlait au terme de la saison.

Ce livre passionnant donne une vision très juste des pratiques de l'Inquisition et a le mérite de rappeler que malgré les prises de positions de grands humanistes, et de Las Casas en particulier, les indiens eurent encore à souffrir pendant une longue période des agissements des colonisateurs (meurtres, tortures, acculturation...). Les rites païens célébrés par les populations indigènes étaient assimilés à la sorcellerie, pratique qui conduisait généralement au bûcher. L'Eglise catholique a fait bien des ravages...

Cette histoire n'a pas manqué de me faire penser à l'une de mes récentes lectures, Spartacus, et ces deux destinées ont bien des points communs, et j'ai également pensé à quelques passages du très beau film de Roland Joffé : "Mission". A la fin de son livre, Troncarelli ajoute : "Après tant de siècles, à travers tant de métamorphoses, de morts et de résurrections, l'homme qui voulait devenir roi est encore vivant dans le souvenir des hommes. Dans la sentence de mort de l'Irlandais il était écrit que celui-ci devait être brûlé "afin que (...) nul n'en garde le souvenir". Le temps qui est juste, a prononcé depuis longtemps son verdict sur cette sentence".

Pour finir, il suffit de savoir que les révoltes indiennes, soutenues par le souvenir de Lombardo, éclatèrent bien des années après sa mort. C'est sa légende qui permit ce changement et alimenta cette force grandissante. Quelques auteurs du XIXe s'emparèrent de son histoire, jusqu'à ce que Johnston McCulley le transforme en justicier solitaire, ce Zorro qui fait partie de la mémoire collective. Une belle revanche.

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commentaires

Mélopée 06/04/2010 13:49


Laisse-moi te dire que tu es toi aussi une grande tentatrice ! Voilà qui m'intrigue grandement alors je vais tenter de voir comment mettre la main dessus.


Folfaerie 06/04/2010 16:40



Flûte ! Encore un livre épuisé.  On peut quand même le trouver d'occasion sur PriceMinister, je viens de vérifier. J'espère que tu pourras aussi l'emprunter en biblio...



Anne Sophie 04/04/2010 14:18


je n'arrive pas à me faire un avis... pas sûr que cela me plaise. je vais attendre de lire d'autres avis :)


Folfaerie 04/04/2010 15:10



C'est un ouvrage d'Histoire rédigé par un spécialiste, la lecture en est plus ardue que pour un roman, c'est normal, mais le sujet est si passionnant, et l'écriture de qualité, que ça se lit...
comme un roman !



Taliesin 04/04/2010 12:00


Merci de tes éclaircissements, parce que comme El Jc, je ne voyais pas trop le lien entre Zorro et Lombardo. Mais si au final Zorro est un amalgame de différents personnages, on comprend mieux.


Folfaerie 04/04/2010 15:08



je crois bien que c'est ça le plus intéressant; A partir de plusieurs sources, comment se construit un personnage de légende ? Et comment d'autres auteurs se l'approprient ? (je pense à la
version d'Isabel Allende). C'est un peu le même principe avec Robin des Bois. Ceci dit, même si j'adore Zorro, j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir le véritable visage qui a inspiré McCulley.



lecandidelitteraire 04/04/2010 11:57


Quelle érudition ! Je suis impressionnée et ravie de toutes ces découvertes et connaissances que tu nous offres.


Folfaerie 04/04/2010 21:58



Je ne peux dire que je suis érudite mais curieuse oui. Avant de lire Troncarelli, je ne savais pas ce qu'était la paléographie...



El JC 04/04/2010 11:48


Merci me voila éclairé ;o)


El JC 04/04/2010 11:08


Te lire est toujours un plaisir. Je dois très mal connaitre le personnage du Zorro héroïque car je ne parviens pas à faire le lien entre le personnage historique que tu présente et l'image du
vengeur masqué que je connais.


Folfaerie 04/04/2010 11:30



Merci bien . En passant, j'ai vu que tu avais A la pointe de l'épée en cours de lecture. J'attends ton billet avec
impatience...


Pour en revenir à Zorro, je vais faire un peu ma savante McCulley  a eu vent de cette légende et de l'histoire
de Lombardo, qui défendait donc les peuples indigènes (perspective que reprend d'ailleurs Isabel Allende dans son Zorro). Puis il s'est également inspiré d'un  bandit qui volait les riches,
Murieta. Ce Murieta est mentionné (les deux frères en fait) dans le film Le masque de Zorro avec Antonio Banderas. Il a donc puisé à différentes sources. Mais le Zorro que nous connaissons doit
beaucoup aussi à Douglas Fairbank à qui l'on doit la première adaptation cinématographique. C'était un franc-maçon qui en a profité pour glisser d'autres caractéristiques que McCulley n'avait pas
inventées. Et voilà comment le bandit masqué a conquis le grand public...


 



lecandidelitteraire 04/04/2010 09:53


Encore un livre qui m'ouvre de nouveaux horizons littéraires ! Fort intéressant après avoir lu le "Zorro" d'Isabelle Allende où l'on découvre l'enfance et la vie du personnage légendaire.


Folfaerie 04/04/2010 11:31



Je l'avais beaucoup aimé le roman d'Allende, il faudrait que je retrouve mon billet.



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