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2010-04-28T07:07:00+02:00

L'agent indien (Dan O'Brien)

Publié par Folfaerie

Encore un bon roman signé par cet écrivain américain que j'aime beaucoup depuis que je l'ai découvert avec Rites d'automne. Ensuite j'ai lu Brendan prairie, puis le très bon l'Esprit des collines et enfin Au coeur du pays ; il m'en manque donc deux...


Le thème des Amérindiens est régulièrement évoqué dans son oeuvre mais cette fois, c'est le principal sujet de ce roman historique qui prend place à la fin du XIXème siècle. Un épisode fascinant des guerres indiennes la fin d'une époque et d'une civilisation, et l'essor du mode de vie américain. O'Brien a choisi d'opposer une grande figure,  Nuage Rouge (Red Cloud), à celle de l'agent indien qui a participé à la création de la célèbre réserve de Pine Ridge. Il s'appelait Valentine McGillycuddy et était destiné à une carrière de médecin notamment dans l'armée. Mais le gouvernement lui proposa d'occuper le poste d'agent dans la toute nouvelle réserve de Pine Ridge où étaient stationnés les Sioux et notamment la bande de Red Cloud. A l'époque c'était un poste prestigieux et bien rémunéré. Ayant une bonne expérience de la vie dans les Grandes Plaines et connaissant bien le problème indien, McGillycuddy accepte bien volontiers cette mission. Il emménage donc dans la réserve avec sa jeune femme.

A partir de là, l'écrivain nous dépeint les rapports de force entre ces deux  personnalités. Le roman débute en 1878 au moment où l'agent prend ses fonctions. Crazy Horse a été assassiné, Sitting Bull résiste toujours dans le Nord, mais les jours des indiens libres sont comptés.

Au travers des affrontements entre les deux hommes, O'Brien nous donne de précieuses indications sur le fonctionnement des réserves et la vie des Indiens. Pourquoi et comment la corruption régnait (les rations destinées aux Indiens étaient subtilisées, les ventes d'alcool avaient cours alors qu'elles étaient pourtant interdites, etc.).

McGillycuddy est un fonctionnaire honnête mais malgré sa bonne connaissance du caractère indien, il commet des erreurs de taille... Il souhaite en effet transformer ces guerriers des plaines en cultivateurs et paisibles fermiers ! Il y parvient avec l'aide des Indiens progressistes car ces derniers, ayant eu un aperçu des grandes villes, savent que désormais il leur faudra vivre comme les blancs ou mourir. D'autres, à l'image de Red Cloud, font de la résistance, et les tensions entre les deux camps s'accumulent inévitablement. Chacun d'eux utilise l'autorité ou le mépris, les défis, et même les insolences aussi les escarmouches ponctuent la vie quotidienne.

Certains passages sont extrêmement poignants, comme lorsque l'agent accepte qu'un troupeau de boeufs ne soit pas abattu dans un abattoir mais ramené dans la réserve où les Indiens pourront procéder à la mise à mort. Guidés par Red Cloud, montés sur des poneys maigrichons, les hommes tentent de revivre les grandes chasses au bison sur un malheureux troupeau de vaches...


Le lecteur assiste également aux manigances, au jeu politique des uns et des autres : Red Cloud a des partisans blancs, l'agent a des ennemis au sein du gouvernement et dans la réserve, les blancs mariés à des indiennes influencent Red Cloud... les relations dans la réserve sont complexes, l'équilibre est fragile.

Malgré le traité de Fort Laramie de 1868, qui garantissait entre autres l'intégrité des Black Hills, les fermiers blancs qui vivent à l'extérieur de la réserve font pression sur les autorités fédérales pour s'approprier des terres, de même que des chercheurs d'or sillonnent tout le territoire.

Enfin, McGillycuddy lui-même finit par admettre sa défaite en ce qui concerne son désir de voir s'installer les Indiens : les terres sont impropres à l'agriculture, une bonne récolte peut être suivie de trois années de sécheresse, réduisant tous les efforts à néant... Que de malentendus, de promesses non tenues, de désillusions...


Ce n'est pas un ouvrage historique mais bien un roman. En tant qu'écrivain, O'Brien a choi de mettre en lumière certains événements plutôt que d'autres, a créé des personnages secondaires, imaginé certaines situations ou dialogues bien certainement, mais l'essentiel des faits historiques est respecté. J'ai été frappée du fait qu'il n'a pas voulu prendre parti entre ces deux fortes têtes. Cependant, la personnalité de l'agent, malgré ses bonnes intentions, demeure déplaisante, et Red Cloud, bien qu'il ait lui-même été sujet à controverse, ne peut susciter que la compassion.

La fin, que je ne dévoilerai pas, est surprenante, point d'orgue d'une histoire qui ne pouvait se terminer que par un drame...

Une excellente surprise, un bon roman de cet écrivain de l'Ouest qui mérite d'être enfin reconnu par les lecteurs français.

Merci aux éditions Points de m'avoir fait parvenir cet exemplaire, merci surtout d'avoir créé cette sélection "Nouveau Western" dans laquelle on peut déjà piocher de bons titres.


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commentaires

Véro. 28/04/2010 20:36


Comme souvent après la lecture de ton blog, ma LAL s'allonge d'un titre !


Folfaerie 28/04/2010 21:17



Heu, tu m'en vois désolée... Mais il faut blâmer les éditions Point J'ai longtemps été fan de 10/18, mais ils ont cessé
de publier des titres intéressants ou de rééditer alors qu'ils avaient un catalogue extra, et du coup, je m'en suis un peu éloignée. En revanche, je suis agréablement surprise par les choix de
Points, dont je vais suivre désormais, avec attention, les parutions.



Grand-Sachem-la-Brocante 28/04/2010 19:53


Au moins ce livre là n'a pas l'air "manichéen"
;-)


Folfaerie 28/04/2010 21:14



C'est la faute de la version condensée, tu auras peut-être envie de lire le roman complet quand j'aurai écrit mon billet  En tout cas, l'agent indien devrait te plaire, c'est sûr.



El JC 28/04/2010 18:01


Merci ! Merci ! Merci !
Voila un titre que je ne manquerai pas de me procurer assez rapidement.


Folfaerie 28/04/2010 21:12



Tu vois, quand j'ai découvert il y a quelques années O'Brien, j'étais en pleine période Jim Harrison, et je me disais que le premier était un écrivain mineur. Au fil des années j'ai changé
d'avis. J'aime toujours autant le grand Jim, mais depuis quelques temps, il me semble qu'il écrit toujours, plus ou moins, la même histoire, alors qu'O'Brien gagne en maturité et en profondeur.


J'espère que ce roman-ci te plaira autant qu'à moi...



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