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2011-01-30T07:09:00+01:00

La consolation des grands espaces (Gretel Ehrlich)

Publié par Folfaerie

567105 MLVoilà un bien beau titre pour inaugurer le challenge Nature Writing, non ? Pour ce premier billet, je vous emmène dans l'un des états les moins peuplés des U.S.A., le Wyoming, patrie des cow-boys, des paysages somptueux et du parc de Yellowstone.

 

Ce livre est un essai rédigé sur plusieurs années par Gretel Ehrlich qui s'exila dans le Wyoming, en 1976, à la suite d'un deuil. Il ne fallait rien moins que la solitude et la beauté des grands espaces pour supporter la perte d'un être cher. C'est l'Ouest américain dans toute sa splendeur, âpre, démesuré, sauvage (encore un peu, mais oui) et grandiose. Gretel choisit l'isolement dans une ferme où elle va exercer le métier de wrangler notamment. Elle garde les immenses troupeaux de moutons, participe un peu à la vie des ranches, décrit ses rares rencontres avec les locaux, disserte sur le mythe du cow-boy, rencontre des Indiens lors d'un pow-wow... des petits moments de sa vie qui paraissent bien anodins mais qui sont tout empreints de la nature qui l'entoure. C'est elle qui imprime sa marque sur les gens : au Wyoming, chacun, hommes et bêtes, agit en fonction de la saison, du relief, du temps. On affronte le froid et la neige, la chaleur et les insectes, le manque d'eau. Vos meilleurs amis ne sont pas nécessairement vos plus proches voisins - même si une solidarité instinctive s'établit rapidement -  mais bien votre chien et vos chevaux; compagnons d'errance, témoins de vos joies et de vos peines.

 

La nuit, au clair de lune, le pays est rayé d'argent - une crête, une rivière, un liseré de verdure qui s'étend jusque dans la montagne, puis le vaste ciel. Un matin, j'ai vu une lune toute ronde à l'ouest, juste au moment où le soleil se levait. Et tandis que je chevauchais à travers un pré, je me suis sentie suspendue entre ces deux astres, dans un équilibre précaire. Pendant un moment, il m'a semblé que les étoiles, qu'on voyait encore, tenaient ensemble toutes choses comme des cercles de tonnelier.'

 

Dans ces immenses étendues, propices à la rêverie et à la réflexion, Gretel finit par relativiser beaucoup de choses. "un jour passe. Chaque brin d'herbe compte". J'ai aimé que, pour une fois, un tel texte soit écrit par une femme. J'étais curieuse de savoir si les femmes sont aussi réceptives que les hommes au pouvoir de la nature, et comment elles envisagent leurs relations avec la nature. Gretel Ehrlich est lucide.

 

"Nous autres Américains, nous aimons ajouter, remplir, comme si ce que nous avons, ce que nous sommes n'était pas suffisant. Nous avons tendance à le nier, et pourtant malgré toute notre richesse, nous ne nous reconnaissons plus dans nos biens matériels. Il suffit de regarder nos maisons pour constater que nous construisons contre l'espace, de même que nous buvons contre la souffrance et la solitude. Nous remplissons l'espace comme si c'était une coquille vide, avec des choses dont l'opacité nous empêche de voir ce qui est déjà là." 

 

Une fois le livre terminé, on a l'impression  que l'auteur (qui n'habite pas le Wyoming toute l'année) ne vit pleinement que lorsqu'elle est au contact de la nature, au sein d'une relative solitude. Il ne se passe pas grand-chose, surveiller les moutons, planter, semer, nourrir les bêtes, contempler les paysages, mais chaque geste, même le plus infime, le plus banal, est empreint de grâce et possède sa propre importance : marcher le long d'un ruisseau, se préparer une tasse de café, écouter les jappements du coyote, empiler du bois pour la cheminée... Gretel nous donne enfin un aperçu de la vie des cow-boys modernes, ceux qui travaillent encore pour les gros éleveurs, les héritiers des pionniers de l'Ouest qui tentent de survivre dans une société où tout tourne autour de l'argent. Il reste encore des irréductibles... Vous savez, le genre d'homme qu'incarne Robert Redford dans le film "L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux"...

 

PS : il existe une version poche chez 10x18, mais je déteste la couverture...

 

 

 

 

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commentaires

Dominique 10/02/2011 17:40


Un grand classique du genre et un beau récit qui donne envie de partir pour le Wyoming, as tu lu Dan O'Brien ? c'est excellent


Folfaerie 10/02/2011 19:17



Ah Dan O'Brien est un de mes chouchous ! Il me manque juste son roman sur Crazy Horse mais j'ai tous les autres. Je dois d'ailleurs chroniquer les Bisons de Coeur-Brisé pour le challenge.



keisha 10/02/2011 08:02


(mais là toi tu m'avais répondu...) bref.
En ce moment je fais voyager Indian Creek qui pour moi n'est pas Nature Writing pur et dur mais qui insidieusement peut donner envie de se lancer dans du plus roboratif côté descriptions et
réflexions... Cela a l'air de marcher... J'essaie aussi de mettre en avant le côté déjanté du Gang à la clé à molette... (mais comme j'ai tout lu, difficile d'y revenir maintenant). En fait
certains ont peur des descriptions, mais je suis aussi comme cela, je l'avoue, il me faut un style brillant et avec Muir ou Abbey ou... j'ai l'impression de lire un bon livre bien écrit. Si j'avoue
que je n'ai pas particulièrement besoin d'une intrigue policière...


keisha 09/02/2011 08:01


Hum, il est en presque commande en ligne, tu as raison, la couverture poche parait immonde (mais quand je lis, je ne l'ai pas sous les yeux...). Je viens de lire ta réponse (comme elle est un peu
après mon comm, je n'avais pas été avertie par mail, mais pas grave, j'ai l'habitude d'aller voir les réponses à mes comm en général (et râle sur les blogs qui ne répondent quasiment jamais) (bon
là je suis hors sujet)
J'ai la chance d'habiter à la campagne (sauf quand je dois me déplacer, désolée, mais le bilan carbone est moins bon, quoique à une époque on co-voiturait, yes!) et suis capable de me figer quand
je vois un écureuil ou des mésanges , et d'arrêter la voiture quand je vois des chevreuils (qui continuent à brouter tranquillou dès qu'il n'y a plus le bruit de moteur, qui a dit sauvage?). Un
voisin qui a un jardin dans le coin m'a raconté sa rencontre face à face avec un renard, yeux dans les yeux, je l'envie beaucoup...
Tu vois, pas besoin d'aller dans les Rocheuses, et heureusement.
Actuellement mes jumelles sont prêtes, j'attends le retour des grues au dessus de chez moi, il doit y avoir un couloir aérien, je les vois deux fois par an.


Folfaerie 09/02/2011 18:21



Pour continuer sur ce hors sujet, c'est vrai qu'il n'y a rien de plus frustrant que de ne pas avoir de réponse... Même si les commentaires sur mes billets se bornent à "moi aussi j'ai aimé"
je laisse systématiquement un petit message en retour, c'est quand même plus sympa...


J'ai le même problème que toi pour la voiture, et de façon générale pour le boulot, c'est pour ça que j'essaie de trouver une solution plus écolo et qui me permettrait de vivre ma vie comme je
l'entends, notamment par le télétravail. Je croise les doigts !  J'ai la chance de croiser beaucoup de (gros) animaux aussi, mais c'est plus difficile de voir des petites bêtes genre
belette, martre, blaireau... Ah le passage des grues, c'est magique non ? Et puis fin février, on va de nouveau voir plein de crapauds et grenouilles s'agiter au bord des chemins.


Je suis quelquefois songeuse quand je lis certains commentaires à tes billets : certains lecteurs ou lectrices sont vraiment hermétiques à la nature, et parlent d'ennui dès qu'il y a des
descriptions... comment peut-on rester de marbre face à quelques lignes de Muir ou d'Abbey ?



Allie 04/02/2011 21:22


C'est drôle, moi je l'aime bien cette couverture :)


Allie 31/01/2011 19:15


J'avais bien aimé cette lecture. Et contrairement à toi, la couverture chez 10/18 me plaît bien! enfin, si on parle de la même (je ne sais pas s'il a été réédité).


Folfaerie 04/02/2011 19:54



C'est cette couverture que je n'aime pas :


http://www.livraddict.com/biblio/book.php?id=11787



Hélène 31/01/2011 10:27


je l'ai lu...et je n'en garde aucun souvenir !!!! Mauvais signe ???


Folfaerie 31/01/2011 19:02



Sûrement ! Ceci dit je ne te jette pas la pierre. Moi j'ai bloqué avec Indian Creek, suis apparemment la seule  alors les goûts et le couleurs, n'est-ce pas...



Lystig 31/01/2011 06:14


écrit par une dame...noté... dans sa version poche (couv moche, mais moins onéreuse !)


Folfaerie 31/01/2011 19:03



C'est bien pour ça que j'ai signalé le poche, il faut penser aux petits budgets (comme le mien...).



mimi54 30/01/2011 23:23


Merci, je me le note


Folfaerie 31/01/2011 19:07



Et  si tu as l'occasion de l'emprunter en bibliothèque, c'est encore mieux !



**Fleur** 30/01/2011 19:20


Moi je fais partie de "ceux qui, encore prisonniers des villes, rêvent d'une telle vie et d'une complicité avec la nature" alors c'est noté !! En plus s'il existe en poche comment résister !!


Folfaerie 31/01/2011 19:05



T'en fais pas, on finit par réaliser se rêves. Moi ça fait bientôt 6 ans que j'ai fait le grand saut pour m'installer à la campagne. Je ne regrette pas et le titre de cet essai prend justement
tout son sens 



vilvirt 30/01/2011 15:10


Tu me tente affreusement une fois de plus avec ce livre ! Je le note immédiatement (même si je suis interdite d'achats pendant quelques temps !) et tu en parle en plus avec tellement de sensibilité
qu'on ne peut qu'avoir envie de partir s'évader dans les grandes étendues sauvages du Wyoming ! Je viens de démarrer "Winter" de Rick Bass, le style est relativement simple mais pour l'instant je
suis enchantée !


Folfaerie 30/01/2011 15:30



à Aifelle, Keisha et Vilvirt :


Voilà c'est exactement ça, du contemplatif où la nature domine largement. Comme Winter de Rick Bass, la COnsolation est un essai. L'écueil est peut-être là aussi : j'ai lu des commentaires sur
Amazon pour Gretel Ehrlich et même quelques billets pour Winter (il fut proposé en partenariat sur Livraddict) où les lecteurs avouaient leur ennui. Il est évident que si on est pas au
minimum vaguement intéressé par les grands espaces, la nature et la solitude, on peut rester hermétique à ce type de récits. C'est cette succession de petits gestes au quotidien, cette vie en
harmonie avec la nature, ces plaisirs simples qui me plaisent par-dessus tout justement. Je crois que les lecteurs du Nature Writing peuvent se  diviser en 2 catégories : ceux qui vivent une
vie plus ou moins semblable et aiment à lire d'autres points de vue (moi ! ) pour prolonger le plaisir et
l'émerveillement, et ceux qui, encore prisonniers des villes, rêvent d'une telle vie et d'une complicité avec la nature. Pour les autres, j'ai bien peur que le Nature Writing ne soit source
d'ennui. C'est l'impression que j'en ressens quand je lis les avis des autres lectrices chez Keisha



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