Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

2012-12-01T15:57:00+01:00

La guerre dans le théâtre contemporain

Publié par Folfaerie

Je lis très rarement du théâtre contemporain, par manque d'enthousiasme essentiellement, et cependant, c'est un genre qu'il me plairait d'explorer parfois. Au programme de ma Licence en Lettres Modernes, j'ai un cours qui traite du sujet annoncé dans le titre de ce billet. Les oeuvres choisies sont Toujours l'orage d'Enzo Cormann, Incendies de Wadji Mouawad et Grande paix d'Edward Bond.

 

C'est un sujet fort déprimant, je dois bien l'avouer, néanmoins ces pièces ont un intérêt certain.


Ma favorite est sans conteste Toujours l'orage car elle aborde la seconde guerre mondiale, une de mes périodes préférées de notre Histoire. C'est un huis-clos entre un vieil ermite, ancien comédien, Théo Steiner, et un metteur en scène quadragénaire, Nathan Goldring, qui souhaite le convaincre de remonter sur les planches pour y incarner le Roi Lear (que je vais d'ailleurs relire).

C'est une bataille verbale qui s'engage entre les deux hommes, si différents, et pourtant rassemblés par deux points en particulier : tous deux sont juifs, et chacun est dégoûté de lui-même.

Le parcours de Théo Steiner est poignant. Il finit par apprendre à Nathan pourquoi il a subitement déserté les planches, 25 ans auparavant, et cela, bien sûr, est lié à la Déportation. Lui, fut détenu à Terezin, et la façon dont il gagna sa vie laisse pantois...

 

La seconde de ces pièces, La grande paix, aborde un sujet tout aussi grave où chaque page livre son lot d'horreurs. Il y a eu une guerre nucléaire, et les survivants s'organisent... Dans une ville soumise à la loi martiale, un soldat est chargé de tuer les enfants de son quartier, autant de bouches inutiles qu'il faut supprimer. Ne pouvant se résoudre à tuer l'enfant de sa voisine, il tue sa petite soeur; C'est le fameux paradoxe de Palerme expérimenté par l'auteur et sur lequel je reviendrai. Une seconde partie de la pièce nous invite à suivre le parcours de la mère du soldat qui ne s'est pas remise (et on la comprend !) de cet événement tragique. Elle erre dans le désert (20 ans se sont écoulés depuis la mort de son bébé) jusqu'au moment où elle est trouvée par d'autres survivants dont l'objectif est de reconstruire une société.

 

C'est une pièce dont la forme (dialogues, choix du langage, sauts dans le temps, découpage...) m'a décontenancée, mais pas autant que le fond. J'ai eu beaucoup de mal à admettre et comprendre les motivations des personnages, et on a plus guère envie de croire en l'humanité après une pareille lecture.

 

Enfin, autre pièce difficile d'accès pour moi, Incendies. Voici le résumé officiel :
"Lorsque le notaire Lebel lit aux jumeaux Jeanne et Simon le testament de leur mère Nawal, il réveille en eux l’incertaine histoire de leur naissance : qui fut leur père, et par quelle odysée ont-ils vu le jour loin du pays d’origine de leur mère ? En remettant à chacun une enveloppe, destinée l’une à ce père qu’ils croyaient mort et l’autre à leur frère dont ils ignoraient l’existence, il fait bouger les continents de leur douleur. Mais le prix à payer pour que s’apaise l’âme tourmentée de Nawal risque de dévorer les destins de Jeanne et Simon."

 

Là encore, j'ai eu des difficultés à me plonger dans ce drame (c'est la guerre au Liban qui se dessine en filigrane) alors que j'ai lu avec un grand intérêt la postface où l'auteur explique comment il a eu l'idée d'écrire cette pièce. Une genèse douloureuse. Le destin de cette femme et mère, qui devra choisir son camp (entre chrétiens et musulmans) est ponctué de tragédies. Les passages relatifs à son emprisonnement (au cours duquel elle est régulièrement torturée et violée) sont durs à lire, c'est le moins que l'on puisse dire... J'ai souvent été (et oui, ici aussi) décontenancée par les dialogues, le choix du langage.

 

A la réflexion, et à l'exception de Toujours l'orage, il m'a semblé très difficile de m'immerger dans ces pièces sans avoir la possibilité de les voir sur scène. Pour moi, il y a deux sortes de théâtre : celui qui se lit très mal sur le papier, qui a besoin de la scène pour se laisser découvrir et apprécier, et celui qui peut se lire dans un fauteuil (merci Alfred de Musset !). Seule celle de Cormann me semble correspondre à l'idéal de Musset. En tout cas, j'ai pris du plaisir à la lire, c'est donc bon signe.

 

Ce fameux paradoxe de Palerme, qu'est-ce que c'est ? En 1983, Bond dirige un atelier à l'université de Palerme. A cette époque, les étudiants protestent contre l’installation en cours de 112 missiles Pershing dans la base de Comiso toute proche. Bond a l'idée de préparer un atelier articulé autour d'improvisations, sur le thème : Faut-il se préparer à tuer son ennemi avant qu’il ne nous tue ? Les étudiants, lors du déroulement des improvisations, renoncent tous à tuer l’enfant de la voisine malgré les ordres donnés, puis retournent chez leur mère pour tuer, à sa place, leur petite sœur. Selon l'auteur, il n'y a aucune exception parmi les étudiants, tous choisissent cette solution. Or, Bond, avec cet exercice, avait, je cite : "pensé révéler aux participants leur implication personnelle et profonde dans une violence d’État dont ils réprouvent pourtant a priori la forme". Que penser alors de cette attitude collective pour le moins déroutante ? Je n'ai pas très bien compris ce que l'auteur en a finalement conclu, une autre forme de résistance ?

Pour moi, ce comportement glaçant dont il s'est servi pour le personnage du soldat n'est pas un acte de résistance. C'est donc une pièce extrêmement difficile à étudier...


 

 

Voir les commentaires

commentaires

cours théâtre Algerie 15/12/2012 12:21

article trés intéressant ,je vous remercie bien pour votre niveau de déscription de votre annonce , ça m'encourage de le suggéré  avec d'autre amis ,bonne chance et bonne continuation !

Folfaerie 24/12/2012 15:14



Merci ! Et bonnes fêtes de fin d'année.



Girl Gift Template by Ipietoon - Hébergé par Overblog