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2010-08-09T16:22:00+02:00

La trilogie Berlinoise (Philip Kerr)

Publié par Folfaerie

La trilogie Berlinoise se compose de L'été de cristal, La pâle figure et Un requiem Allemand, trois romans inclus dans le même ouvrage. Je vais tout de suite mentionner une petite chose qui me parait gênante dans la traduction des titres : le premier volume aurait dû s'intituler Les violettes de Mars (en raison de ce mouvement citoyen, je devrais dire cette ruée pour s'inscrire au Parti et obtenir des cartes avec une date d'ancienneté la plus lointaine possible...), et le second L'été de cristal, en référence à ces fameuses nuits où le bon peuple allemand cassait les vitrines des commerçants juifs... Je ne sais par quelle bizarrerie le traducteur n'a pas suivi cet ordre, mais c’est dommage...

 

Dans l'été de cristal, le lecteur fait connaissance avec le détective privé Bernie Gunther. Il possède toutes les caractéristiques que sa profession exige, au moins sur le plan littéraire : désabusé, cynique, courageux et chanceux, coureur de jupons, aimant travailler en solitaire, amateur d'alcool et doté d'un sens de l'humour particulier, n'hésitant pas à sortir une blague ou un bon mot (quoique, certaines des expressions employées par ce brave Gunther m’ont parfois laissée perplexes, je n’en ai pas toujours saisi le sens…) dans les situations les plus dangereuses.

Jusqu'ici rien que de très banal pour un polar. Mais voilà, Kerr a eu la bonne idée de situer le roman en 1936 à Berlin. Un fonds historique des plus intéressants.

Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il ne faisait pas bon vivre à Berlin en 36, et remarquez, après non plus.

A cette date, on assiste à la montée en puissance du parti national-socialiste, les lois de Nuremberg ayant été adoptées en 35. Et Berlin se prépare à accueillir les J.O....

Autant dire que le climat est quelque peu trouble dans cette ville. D'ailleurs, Bernie s'est fait une spécialité : la recherche de personnes disparues, activité que l'on devine aisément prospère...

Bernie doit donc enquêter sur la mort de la fille d'un riche industriel, Hermann Six. Et accessoirement retrouver des bijoux et des dossiers compromettants.

 

Par chance, Gunther est un bon détective qui a deux atouts : c'est un vétéran de la guerre contre les Turcs et un ancien policier (de la Kripo). Les rebondissements seront nombreux et les chausses-trappes fréquents. Le privé aura même droit à un petit séjour à Dachau, lieu de sinistre mémoire…

 

Deux ans plus tard, dans La pâle figure, Gunther a réintégré provisoirement la Kripo pour tenter d'arrêter un serial killer qui s'en prend à de jeunes et blondes Allemandes. Il fait équipe avec deux ou trois policiers dont le violent Becker que nous retrouverons en mauvaise posture dans le troisième volet. Gunther est bien évidemment manipulé, devant se garder des faux-amis et des traîtres. Un vrai panier de crabes…

 

Le requiem allemand. 1947 : Bernie Gunther vit chichement et marié (!) à Berlin où tout n'est que ruines. Il a traversé la guerre sans trop de dommages et le voilà qui reprend du service  pour un gradé Russe, lequel désire sauver une vieille connaissance du détective, Becker, emprisonné à Vienne pour le meurtre d'un Américain. Vienne comme Berlin ploient sous le joug des Alliés : Anglais, Américains, Russes et Français contrôlent, surveillent, manigancent, complotent, bref, c'est l'anarchie la plus totale. Le requiem allemand m’a paru être un clin d’œil au Troisième homme de Graham Greene. L'intrigue est compliquée à suivre, les nombreux protagonistes mènent double jeu et Gunther va se retrouver embarqué dans une drôle de société secrète composée de nazis... 

 

Je n’en dirai pas plus sur les multiples intrigues, car il n’y a rien de pire, en chroniquant un polar, de dévoiler trop de faits ou de mentionner des personnages clés. Pour ma part, ce ne sont pas les enquêtes qui font le sel de ces romans mais bien le contexte historique. Philip Kerr a une connaissance étonnante du Berlin d’avant-guerre, suivant son personnage principal dans les rues de la ville, dans les principaux lieux où les nazis opéraient, dans les bars sordides… La faune rencontrée n’est pas très différente de celle qui peuple les pages des romans d’Ellroy : prostituées, riches industriels, actrices, indics, policiers véreux… mais à ceux-là s’ajoutent des personnages moins courants : espions, membres du parti nazi et certaines figures tristement inoubliables comme Himmler, Goebbels ou Müller. Dans l’ensemble la plupart des personnages possèdent tous un fonds de cruauté remarquable…

 

Je n’ai pas particulièrement goûté les incontournables scènes de sexe ou les dialogues fort crus entre les différents protagonistes mais enfin, ce ne sont pas ces petits détails qui m’ont empêchée d’aimer ces livres. Plus dérangeantes en revanche furent les scènes de torture. En dépit de cela, j’ai été scotchée par les descriptions du quotidien des Berlinois à cette époque. Ce qui est glaçant, c’est que Kerr a bien su rendre les comportement aussi bien du peuple que des nantis : ce mélange d’indifférence, de faiblesse, d’orgueil qui a conduit à la montée en puissance du nazisme. Evidemment certains allemands n’appréciaient pas la tournure des événements, la façon dont les juifs étaient traités mais il n’y eut point de mouvement populaire pour s’opposer à cette escalade. Du reste, le troisième roman qui se passe en 1947 est peut-être encore plus effrayant. Non seulement certains hauts dignitaires nazis continuent à passer à travers les mailles du filet avec la complicité des Alliés, fait déjà écoeurant en soi, mais les Berlinois, comme les Viennois d’ailleurs, ne semblent pas avoir la pleine mesure des atrocités commises par leurs nations respectives (à ce propos, l’Autriche en prend pour son grade…). Les Russes se comportèrent de manière tout aussi moche, et finalement, le sort des Berlinois fut moins enviable encore après 1945 que durant le nazisme.

 

Je suis donc ravie (même si cette trilogie remets en mémoire des événements qui laissent un goût amer) d’avoir découvert la série de Kerr et je crois que je me laisserai tenter par un quatrième volume, d’autant qu’il se passe en Amérique du sud, lieu de prédilection des nazis qui échappèrent à la justice européenne. Un grand merci à Livraddict et aux éditions Le livre de poche pour ce partenariat.

 

 

 

 

Note sur l'auteur : Philip Kerr est un  écossais comme son nom ne l'indique pas. Déjà auteur d'une trilogie pour la jeunesse qui m'a l'air bien intéressante : Les enfants de la lampe magique

 

 

 

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commentaires

Luna 01/08/2011 08:59


La trilogie berlinoise est une très belle surprise pour moi : c'est ce à quoi je m'attendais, mais en beaucoup, beaucoup mieux...

J'ai adoré l'ambiance du livre : le trait n'est pas forcé, je trouve ça vraiment très agréable !

J'ai très envie de découvrir d'autres livres de Philip Kerr :)

Si jamais ça t'intéresse, tu trouveras mon avis sur mon blog...

Joli article, je reviendrais ;)

Bonne continuation !!


Folfaerie 06/08/2011 10:49



Moi il ne me reste plus que le 5ème volume à lire (j'attends la sortie poche) et je suis ravie d'avoir pu découvrir ce détective. C'est vrai que j'aimerai bien explorer le reste de l'oeuvre de
Kerr.



L'Ogresse 17/08/2010 09:55


Je les ai lu ils sont aussi tres tres bien !


L'Ogresse 14/08/2010 20:58


J'avais adore cette serie et tout particulierement son atmosphere des annees 30/40 a Berlin.


Folfaerie 17/08/2010 09:39



D'ailleurs, plus j'y pense, plus il me tarde de lire les deux derniers romans, même s'ils ne se passent plus dans le Berlin des années 40.



Lalou 10/08/2010 09:18


J'ai moi aussi la chance de participer à ce partenariat Livraddict / Le Livre de Poche, et je suis en plein dans la Trilogie. Dans le second tome, "La Pâle figure", en fait.

J'ai été réellement passionnée par "L'été de Cristal", mais comme toi je regrette que le traducteur n'ait pas choisi "Les violettes de Mars" comme titre...

Tout comme toi également, je n'ai pas réellement apprécié les scènes de sexe (lecture en diagonale, je t'aime ^^), mais bon, elles ne sont pas trop présentes. Quant à la torture, ca fait froid dans
le dos.

Le contexte historique est fantastique. La connaissance de Philip Kerr de ce Berlin d'avant-guerre est géniale et passionnante. On apprend des choses qu'on aurait pas imaginées. Je me réjouis de me
replonger dans ces romans qui me tiennent en haleine! (Je note les deux suivants, Merci El JC! Ils foncent en haut de ma LAL aussi!)


Folfaerie 10/08/2010 10:33



Le traducteur a dû penser que les violettes de Mars était un titre trompeur, genre roman sentimental   Pour le
reste, je trouve que Kerr, à travers de "simples" polars participe au devoir de mémoire, et c'est une excellente chose...



El JC 09/08/2010 20:51


Je suis ravi que cette trilogie est été à ton goût. Lorsque j'ai découvert cette série, j'ai plongé littéralement dans ce Berlin d'avant guerre. L'ambiance qui se dégage de ses romans est sidérante
et particulièrement bien rendue. J'ai dévoré le 1er et le 2e tome, et me suis mis le 3e de côté comme une bonne bouteille que l'on réserve pour une occasion spéciale. Comme pour préserver encore un
peu plus longtemps les plaisirs de l'attente. Cette trilogie est suivie de deux autres ouvrages ; "La mort entre autre" dans le Munich de 1949 et "Une douce flamme" dans l'argentine des années 50
et ses criminels nazis en fuite. Deux ouvrages qui sont en première place dans ma LAL.


Folfaerie 10/08/2010 10:31



J'avoue que j'ai toujours été intéressée par la seconde guerre mondiale d'autant que mon arrière grand-père y participa. Je cherche toujours à comprendre certaines choses, pourquoi le peuple
Allemand a laissé faire, pourquoi les collabos français (Vichy me restera éternellement en travers de la gorge...), bref. Mine de rien, la trilogie de Kerr répond en partie à mes interrogations.


Je ne sais pas comment tu fais pour patienter, moi je n'aurai pas pu attendre de lire le 3ème volume ;-) Je note avec empressement les 4 et 5ème titres en tout cas.



Anne Sophie 09/08/2010 20:12


ce livre comprend la trilogie en entier ?


Folfaerie 10/08/2010 10:27



Oui. Si tu poses la question c'est que mon billet n'est pas assez explicite... je vais corriger ça.



Belledenuit 09/08/2010 18:24


j'ai été moi aussi finalement choquée en "voyant" comment se comportaient les russes après la guerre. Finalement, on en parle peu et c'est bien de le savoir. Mon avis sur le tome 3
sera visible demain sur mon blog. J'ai adoré cette trilogie et je compte bien poursuivre avec les autres ouvrages de cet auteur.


Folfaerie 10/08/2010 10:27



Effectivement. Entre les magouilles des Américains (ce sont quand même eux qui ont permis à certains nazis de ne pas êter inquiétés...) et le comportement de brutes des Russes, les Berlinois ne
devaient pas être à la fête...



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