Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

2011-03-20T07:42:00+01:00

Le rêve mexicain ou la pensée interrompue (JMG LE CLEZIO)

Publié par Folfaerie

Dans le cadre du club de lecture de Babelio, je me suis décidée à relire ce remarquable essai.

 

Je l'avais lu il y a quelques années pour faire suite à "la controverse de Valladolid" de Carrière, lequel avoue s'y être référé constemment. Manifestement, Le Clézio est subjugué par les civilisations pré-colombiennes, leurs mythes et leurs religions. Il a abordé cet essai en érudit, et le livre refermé, on a presque l'impression d'avoir revécu la Conquête.

 

Le résumé de l'éditeur :  

Au cours du mois de mars 1517, les ambassadeurs de Moctezuma, seigneur de Mexico-Tenochtitlan, accueillent le navire de Hernàn Cortès et cette rencontre initie une des plus terribles aventures du monde, qui s'achève par l'abolition de la civilisation indienne du Mexique, de sa pensée, de sa foi, de son art, de son savoir, de ses lois. De ce choc des mondes vont naître des siècles de colonisation, c'est-à-dire, grâce à la force de travail des esclaves et à l'exploitation des métaux précieux, cette hégémonie de l'Occident sur le reste du monde, qui dure encore aujourd' hui. Le rêve mexicain, c'est cette question aussi que notre civilisation actuelle rend plus urgente : qu'aurait été notre monde, s'il n'y avait eu cette destruction, ce silence des peuples indiens ? Si la violence du monde moderne n'avait pas aboli cette magie, cette lumière ?

 

 

C'est une lecture un peu ardue, et il est parfois difficile de ne pas perdre le fil devant cette abondance de rites et de noms de dieux. On réalise à peine la richesse, la diversité et la complexité de ces cultures ! Mais le propos de l'auteur n'est pas de dresser un catalogue exhaustif des croyances Amérindiennes.
Le Clézio nous interpelle sur la disparition de l'une des civilisations les plus brillantes qui ait jamais existé. D'ailleurs, il démontre clairement que ces civilisations étaient en avance sur l'Europe dans des domaines aussi variés que les sciences, l'astronomie, la zoologie et la botanique et même la médecine.

 

Cet essai évoque à la fois la Conquête, la destruction des civilisations précolombiennes et la richesse de ces cultures à travers leurs mythes, rites, cérémonies, fêtes, etc.

 

En les perdant, en les anéantissant, nous avons perdu l'essentiel. Nous avons perdu la magie et la beauté. Et notre civilisation occidentale est si dépourvue de tout cela, si insignifiante, que l'auteur s'interroge sur les conséquences de cette disparition. Quel besoin nous pousse à toujours vouloir détruire et effacer ce qui semble si éloigné de notre modèle occidental et de nos valeurs ? Ces mondes, ces civilisations ne survivent plus que dans la mémoire de quelques hommes et dans quelques livres poussiéreux que personne ne lit plus...

 

"Ce silence, qui se referme que l'une des plus grandes civilisations du monde, emportant sa parole, sa vérité, ses dieux et ses légendes, c'est aussi un peu le commencement de l'histoire moderne. Au monde fantastique, magique et cruel des Aztèques, des Mayas, des Purepecha, va succéder ce que l'on appelle la civilsation : l'esclavage, l'or, l'exploitation des terres et des hommes, tout ce qui annonce l'ère industrielle.

Pourtant, en disparaissant dans ce silence, comme retourné vers l'origine même des temps,  le monde indien a laissé une marque impérissable, quelque part, à la surface de la mémoire."



Ce qui frappa les conquérants espagnols, et ce qui fait toute la beauté et la force de ces civilisations, c'est d'abord la place du surnaturel dans la vie des Indiens et, malgré les constructions de pierre, belles et ingénieuses, dont nous conservons les ruines, c'est cette capacité à s'adapter à leur milieu naturel. Deux caractéristiques qui leur vaudront d'être assimilés à des barbares, des sauvages à peine plus dignes d'intérêt que des bêtes.

 

"La destruction porte un autre visage : dépossédé de ses terres, de ses forêts, du droit à circuler librement, l'Indien est aussi dépossédé de la part la plus secrète de son être. Il devient un homme sans pensée,sans raison, ni ordre moral , une sorte de décérébré que son nouveau maître doit façonner selon son gré afin de lui inculquer les principes de la morale chrétienne et le respect des nouvelles lois politiques."

 


Bien sûr, aujourd'hui et au quotidien, c'est à peine si ces pensées nous effleurent, et on se dit qu'il y a tellement de choses plus graves, plus pressées ou plus urgentes, mais grâce à Le Clezio, en fermant les yeux, le rêve mexicain perdure, dont on peut toujours entendre les lointains échos...

A noter que l'écrivain est l'auteur de la première traduction occidentale de la Relation de Michoacàn dont voici un petit résumé, histoire de vous tenter !

 

Ce testament écrit en langue espagnole aux alentours de 1540, où sont consignés l'histoire de ce peuple, ses croyances, sa foi, les noms de ses dieux et de ses héros. Ce livre, dont l'initiative revient aux Conquérants espagnols, devenait ainsi, sous la dictée des Prêtres et des Anciens du Cazonci assassiné, un livre purement indien, écrit pour la gloire des vaincus et non pour le profit des vainqueurs.

  

 

 

Voir les commentaires

commentaires

El JC 22/03/2011 22:07


Oui je sais que tout reste à faire en ce domaine, y compris dans les états se présentant comme soucieux du bien être des individus et des populations. Les préjugés sont tenaces et les réalités
économiques sans pitiés.

Concernant Cowboy Angels, je confirme volontiers. Je devrait poster un petit dossier sur l'auteur et deux chroniques de ses oeuvres courant avril.


El JC 20/03/2011 16:08


Une tragédie, à l'image de chaque rencontre que nous avons faites avec d'autres cultures. C'est désolant...


Folfaerie 22/03/2011 21:54



Oui, et le pire c'est que ça continue encore (je fais du bénévolat (traductions) de temps en temps pour SUrvival International... c'est pas triste la défense des peuples autochtones !!).


Rien à voir mais j'ai lu ton commentaire sur Livraddict à propos de Cowboy angels (je ne sais plus le nom de l'auteur), immédiatement noté sur ma LAL, le résumé me plait bien. Beaucoup en fait.



Walpurgis 20/03/2011 11:33


Le seul livre de Le Clézio que j'ai lu. C'est d'une grande richesse mais comme tu le soulignes complexe aussi.
A lire pour découvrir une magnifique civilisation disparue.


Folfaerie 20/03/2011 14:59



Bizarrement, j'ai tenté d'autres livres de Clezio, en romans, et je n'accroche pas du tout. En revanche sa prose me plait et cet essai m'avait emballée. Comme quoi...



Dominique 20/03/2011 08:41


Une belle idée de lectures communes, ce livre est celui avec lequel j'ai fait connaissance avec Le Clézio, je l'ai lu parce qu'à l'époque une de mes filles travaillait sur la conquête espagnole, et
de fil en aiguille ...j'en garde un bon souvenir malgré effectivement un abord difficile mais il éclaire un peu autrement le sentiment de conquête des européens


Folfaerie 20/03/2011 14:56



Ayant lu pas mal d'ouvrages sur ce thème, je conseille généralement ce titre parmi les indispensables. En plus, le parcours personnel de Le Clezio apporte un intérêt supplémentaire, lui qui a
longtemps vécu au Mexique et parmi des Amérindiens...



Girl Gift Template by Ipietoon - Hébergé par Overblog