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2010-05-28T07:17:00+02:00

Les aventures de Jack Aubrey (Patrick O'Brian)

Publié par Folfaerie

P101001Attention, coup de foudre littéraire ! Un grand merci à Peter Weir qui a eu la bonne idée d'adapter au cinéma l'un des romans de cette vaste saga signée Patrick O'Brian. Sans Master et Commander je n'aurais probablement pas lu les aventures de Jack Aubrey, étant quelque peu fâchée avec les romans maritimes.
Depuis le film de Weir, j'arpente avec bonheur le pont des sloops, bricks et frégates en compagnie des deux frères d'armes les plus épatants de la création littéraire : Jack Aubrey et Stephen Mathurin.

D'un côté, Aubrey, grand gaillard anglais de nature vive et joyeuse, aimant les femmes et la bonne chère, capitaine courageux et chanceux, aimé de ses hommes, parfois un peu lourdaud et maladroit...

De l'autre, Stephen Mathurin, à moitié Irlandais et Catalan, brillant chirurgien au service de Sa majesté, espion à ses heures perdues, naturaliste passionné, esprit intelligent et cultivé, amoureux malheureux qui souffre de son physique disgracieux.

Le premier volume Maître à bord, débute comme un roman d'Alexandre Dumas. En 1800, dans un salon de musique où l'on peut entendre du Locatelli, un des auditeurs, Aubrey, emporté par son enthousiasme, dérange son voisin, un homme maigrichon au teint pâle, Mathurin. Après quelques réflexions désobligeantes, le bouillant Aubrey se sent d'humeur à châtier l'insolent qui ose lui tenir pareils propos. Forcément, on attend un duel. Raté. Le lecteur assiste aux débuts d'une belle et solide amitié qui va unir ces deux fortes personnalités sur 20 volumes et une quinzaine d'années

 

Personnalités opposées mais complémentaires, Aubrey et Mathurin vont tisser des liens d’amitié indéfectibles renforcés par leur amour commun de la musique. Certes, comme dans la plupart des tandems, les engueulades sont inévitables et mémorables. Mathurin ignore le plus souvent les ordres et condamne bien des règles qu’il juge trop sévères, règles pourtant vitales quand on passe la plupart de sa vie sur un navire où la discipline est aussi une question  de survie, comme ne cesse de lui rappeler Aubrey.

Ces deux compagnons sont entourés d’une foule de personnages que l’on apprend à connaître et aimer au fil des aventures : l’irascible Killick, valet attitré de Jack Aubrey, l’irréprochable Bonden son patron de canot, le joyeux Pullings, second du capitaine, Babbington et bien d’autres.

Les femmes ont aussi leur place. Après bien des frasques, et une rivalité qui manque de leur coûter leur amitié, Jack épouse la sage Sophie tandis que Stephen s’enflamme pour la volcanique Diana qui n’est pas sans rappeler Scarlett O’Hara.

Bien sûr l’essentiel des aventures se déroulent sur les océans. Mais le fonds historique de la saga est passionnant : les guerres napoléoniennes. L’auteur s’est minutieusement documenté sur cette époque. Tout est passé en revue depuis les us et coutumes de l’Amirauté en passant par les espèces animales que l’on découvrait, ou les repas servis au Carré…

Certains termes marins demeurent délicieusement obscurs, mais au terme de ces vingt livres, le lecteur finit tout de même par savoir ce que sont haubans, huniers, cacatois, mâts de misaine et d’artimon…

Les missions sont dangereuses à souhait, c'est l'Aventure avec un grand A : Aubrey sait mener les hommes à la bataille comme personne, les combats sont terribles. Mathurin de son côté doit échapper aux Français qui ont juré sa perte. Drames, trahisons, emprisonnements, revers de fortune, naugrages, épidémies... rien ne sera épargné à nos deux héros qui doivent lutter contre des vents contraires.

Et pourtant, l'humour domine le plus souvent. D'abord, et en partie, grâce aux relations entre les différents personnages : les calembours de Jack Aubrey qui indisposent Mathurin, les maladresses de ce dernier qui ne parvient pas à retenir le vocabulaire nautique, et qui chute fréquemment du pont du navire, les remarques désobligeantes mais toujours réjouissantes de Killick qui frôle souvent l'insolence.

Les enfants apportent aussi une belle touche de fantaisie. Ceux d'Aubrey bien sûr. Les trois enfants n'ont pas de nounou mais sont régulièrement sous la bonne garde des membres de l'équipage. En conséquence, les gamines ne parlent pas mais braillent comme si elles se trouvaient sur le pont et connaissent presque tous les jurons préférés des marins. Il y a aussi les deux petites filles noires, sauvées d'une île dont les habitants ont été décimés par une maladie. Sous la protection de Mathurin, elles finissent par faire partie de l'équipage, après une malheureuse tentative de les confier à un orphelinat. Là encore, beaucoup de scènes désopilantes.


De l'action, de l'humour... et de l'émotion. De beaux moments de fraternité, de scènes d'amour. La touchante relation de Stephen avec son valet irlandais Padeen trouve son apogée dans l'épisode se déroulant à Bottany Bay. et c'est dans Le Revers de la médaille que l'on peut lire la plus belle scène de fraternité de la Marine anglaise...


Cette saga est un véritable chef-d'oeuvre, un tour de force car non seulement, l'écrivain capte l'attention du lecteur au cours des 20 volumes, mais il le fait voyager, lui apprend une foule de choses, sans jamais l'ennuyer, et lui fait éprouver bien des émotions. Je me souviens à quel point l'impatience me tenaillait entre les parutions de chaque volume chez Omnibus... Et sitôt le livre acheté, je le lisais immédiatement...

On ne peut que s'attacher à Aubrey et Mathurin d'autant plus que nous les voyons changer au fil des années. Ils deviennent des compagnons que l'on peut retrouver, magie de la littérature, à chaque fois que l'on ouvre à nouveau l'un des livres... L'écriture est de qualité, l'érudition de mise... que demander de plus ?

 

Depuis cette mémorable découverte, j'ai essayé les aventures du capitaine Hornblower ou celles de Bolitho, deux autres sagas fort appréciées des amateurs, mais la magie de fut pas au rendez-vous. J'en resterai donc à Patrick O'Brian.

 

Ajout du 3 juillet 2010 : suite aux remarques avisées d'un visiteur de mon blog (que je remercie), je tiens à saluer le travail formidable  de la traductrice Florence Herbulot. Les trois premiers volumes de la saga ont été traduits par Jean-Charles Provost, puis elle a pris la relève. Une rapide recherche sur le web m'apprend que cette traductrice  érudite (elle a aussi traduit des ouvrages de botanique et de zoologie) et bardée de diplômes et avant une tout une navigatrice passionnée et une régatière de premier ordre. Ceci explique aisément la qualité de son travail sur l'oeuvre d'O'Brian. Je réalise de plus que c'elle qui a traduit un autre chef d'oeuvre cher à mon coeur : Moonfleet de Falkner. Une femme hors du commun...

 

  coup-de-coeur

 

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commentaires

Gosselin 06/10/2013 20:46

Je partage l'avis enthousiaste.

Les aventures de Jack Aubrey de Patrick O’Brian sont de superbes romans de marine.

Je ne résiste pas à l’envie de vous livrer un passage délicieux - distraction d’auteur ou humour volontaire ? : « [le jeune enseigne de marine, qui est français] s’étonnait qu’un officier britannique s’imagine qu’il pourrait l’aider dans l’interrogatoire des prisonniers [français également]. Il nous a infligé un couplet sur l’Honneur et la Patrie, qui aurait sans doute été singulièrement édifiant si nous en avions saisi le premier mot. »
(Extrait d’une lettre du capitaine de vaisseau Jack Aubrey à sa fiancée Sophie, rédigée à bord de la frégate anglaise « Surprise » en 1805, dans le roman « La Surprise » (HMS Surprise, 1973, traduit en français en 1997) de Patrick O’Brian, éd. Omnibus, 2000, p. 751).

Mais ma curiosité a été mise à l’épreuve dans « La citadelle de la Baltique » (The Surgeon's Mate, 1980). Dans l’édition Omnibus de 2002, l’on peut lire en page 548 que Jack Aubrey a signé son contrat de mariage sans se soucier de son contenu :
« …j’ai signé mon nom là où on me l’a dit : J. Ballot, capitaine, R.N. »

Qui pourrait m’éclairer sur ce patronyme « Ballot » que se donne Jack Aubrey ?

Avec mes remerciements anticipés,
C. Gosselin

Folfaerie 08/10/2013 09:17

Intéressante remarque, O'Brian était connu pour glisser plein de petites touches humoristiques dans ses textes, alors...
Quant à ce Ballot, mince, je n'avais pas remarqué. Mais je vais chercher... Merci d'être passé en tout cas.

belgo 10/06/2012 00:23

Et surtout les aventures de Jack Aubrey sont inspirées de la vie d'un personnage réel: lord Thomas Cochrane!

Folfaerie 10/06/2012 10:55



Merci pour ce rappel, je viens d'aller voir sa bio sur un site d'histoire maritime, une carrière fertile en péripéties et événements en effet...



100choses 03/06/2010 20:52


Sacré programme que de lire cette saga avec ces 20 volumes, mais ton billet si enthousiaste me donne vraiment envie d'aller voir ça de plus près. Mais ouch, 20 livres de plus dans la LAL ça va
faire mal! lool


Folfaerie 04/06/2010 08:35



Mais c'est ça qui est bien (enfin si on aime le 1er volume évidemment), après avoir goûté aux aevntures d'Aubrey et Mathurin, on se dit qu'ils nous accompagnent sur 19 autres livres, génial non ?




flof13 31/05/2010 19:12


Les deux, ma chère, les deux !!


flof13 30/05/2010 21:36


Remarque, je me laisserais bien tenter par le 1er volume chez Omnibus, tout de même... les grandes sagas ça me fait pas peur ! et puis si ElJc aussi a aimé...


Folfaerie 31/05/2010 18:47



Comme ça, sans connaître, tu te lancerais carrément dans le 1er volume ?  Quel courage ! Ou alors c'est que j'ai un grand pouvoir de persuasion (plutôt El JC d'ailleurs...)



Anne Sophie 29/05/2010 10:17


coup de foudre ?! en plus tu le compares à alexandre dumas ?! il n'en faut pas plus pour que je le note


Folfaerie 30/05/2010 11:12



Et même, si j'osais, je dirai que Mathurin n'est pas sans évoquer Sherlock Homes d'une certaine façon... Et voilà, j'ai osé



Véro. 28/05/2010 17:51


20 tomes !!! Mais ma LAL ne s'en remettrait pas d'un tel coup !


Folfaerie 28/05/2010 19:42



Ah mais tu peux tricher un peu : en collection Omnibus ça ne représente plus que 5 livres (voir ma photo). C'est déjà mieux non ?



El JC 28/05/2010 12:19


20 tomes oi, mais ça se lis a une vitesse... Je comprends qu'il s'agisse d'un coup de coeur, j'avais beaucoup aimé cette série lorsque je l'avais lu il y quelques années. J'y reviendrai un jour
avec plaisir, pour retrouver les deux héros et le souffle épique de leurs aventures.


Folfaerie 28/05/2010 17:04



Hélas, O'Brian est décédé alors qu'il rédigeait le manuscrit du 21ème roman. Sa parution aux USA et en GB a soulevé une petite polémique, beaucoup de critiques et d'écrivains ne voyant pas la
nécessité de publier un roman inachevé. J'avoue pour ma part que j'aurai quand même étét curieuse de lire les premières pages de ce roman...



Vanou 28/05/2010 12:17


Ca l'air chouette, je note. En plus, j'ai bien aimé le film, même si je n'avais aucune idée qu'il était tiré d'un livre.


Folfaerie 28/05/2010 17:05



Mais le cinéma est une véritable mine d'or pour dénicher des romans



flof13 28/05/2010 10:33


j'ai le film Master et Commander dans ma PAV... faudra que je le regarde !
Mais 20 volumes, c'est une sacrée saga !!!! J'aime beaucoup les romans d'aventures, maritimes ou non d'ailleurs. Je note et je pense que j'essaierai au moins le 1er.


Folfaerie 28/05/2010 17:07



En effet, mieux vaut faire une tentative avec le 1er volet, hors collection Omnibus. De nombreux lecteurs autour de moi sont rebutés à l'idée de lire une saga sur 20 livres... Mais bon, une fois
qu'on a le nez dedans...



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