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2010-03-16T08:27:00+01:00

Souvenirs d'un chef Sioux (Ours Debout)

Publié par Folfaerie

http://www.payot-rivages.net/couvertures/bassedef/9782228899291.jpgOurs debout, c’est à dire Luther Standing Bear (1868-1939), était un Indien progressiste. Fils du chef Standing Bear, Luther a connu, enfant, le mode de vie des Sioux à l’ancienne. Les grands rassemblements de saison, la vie dans les tippis, la chasse aux bisons. Bien vite, les dissensions apparaissent au sein de la grande tribu des Sioux, notamment lorsque quelques chefs, Spotted Tail entre autres, cèdent des territoires aux Blancs sans consulter leur peuple. Les hésitations à signer les traités, les départs pour les réserves indiennes, rythment la vie des derniers Indiens libres. Lorsque Standing Bear comprend que l’homme Blanc est sur le point de dominer définitivement la race indienne, il suggère à son fils de s’adapter pour survivre. C’est ainsi que le jeune garçon sera parmi les premiers écoliers indiens. C’est à l’école de Carlisle qu’il reçoit le prénom de Luther. Toute sa vie, Luther Standing Bear aura à cœur de démontrer qu’il peut être aussi intelligent, aussi travailleur qu’un Blanc. Même si son jugement sur les Blancs est lucide, il ne peut s’empêcher de les prendre un peu en modèle. En témoigne l’ambivalence de ses réflexions, son désir d’occuper certains postes, ses rapports aux Blancs… Lorsqu’il participe à la tournée européenne du Wild West Show de Bill Cody, il a même cette étrange réflexion : Luther est notamment chargé de veiller à ce que ses compagnons ne boivent pas. Un jour qu’il les surprend en état d’ébriété, il dit "nous eûmes quelques ennuis avec les Indiens" !!! Phrase assez révélatrice de son état d’esprit d’alors.

Il est content de sa grande maison, de sa batterie de cuisine, de ses beaux vêtements de blancs… et aime occuper des postes à responsabilité. Par ailleurs, l’éducation reçue à l’école  lui permettra  de ne pas passer le reste de sa vie sur les réserves de Rosebud ou Pine Ridge. Il s’exilera à Washington, puis en Californie, où il travaillera pour le cinéma…
Etait-il un traître à son peuple ? Non, il souhaitait sincèrement le bonheur des siens, il aurait aimé en finir avec le racisme et le chômage sur les réserves, prouver que l’homme rouge valait bien le blanc, et cela était forcément tout à son honneur. Mais ce qui m’a gênée, c’est que cet homme s’éloignait peu à peu des valeurs de son peuple. Un rien, quelques réflexions, Luther s’excuse de la crédulité ou de la ferveur de ses compatriotes (par exemple, il condamne implicitement la fameuse danse des esprits qui devait annoncer le renouveau de l’identité indienne. Il ne participa d’ailleurs pas à ces cérémonies). En quelques lignes seulement il évoque le massacre de Wounded Knee, alors qu’il passe des pages à relater sa carrière au sien de différents postes, notamment dans un grand magasin.

Il annonçait déjà ces Indiens progressistes qui s’opposèrent aux traditionalistes au cours des années 1960 et 70 dans les réserves, provoquant des conflits sanglants, vendant leurs terres et leurs âmes pour une poignée de dollars. La seule différence est que Luther était réellement de bonne foi. Mais il ne se rendait absolument pas compte de ce que cela impliquait, vivre sur un pied d’égalité avec les Blancs. C’était renoncer, à plus ou moins long terme, à la culture et l’identité indienne. Luther Standing Bear, dernier grand chef des Sioux Oglala, a certainement produit un témoignage capital aussi bien sur le plan historique que sur le plan ethnologique, qui permet de mieux comprendre comment certains Indiens ont pu en arriver à composer, voire à se laisser assimiler par la culture des Blancs, dans l’espoir de vivre une vie meilleure.

Grand-Sachem en parle aussi.

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commentaires

Grand-Sachem-la-Brocante 18/03/2010 19:06


Grand-sachem remercie beaucoup Folfeary d'accorder de l'intérêt et de la bienveillance à ses modestes articles.
Ours-debout mérite qu'on le lise. Certes il s'est parfois éloigné de sa culture mais tout comme nos grand-père quand ils ont acheté la première télévision, quand il ont orienté leurs enfants vers
un travail en ville.... c'est d'actualité mais tout ça me fait penser à la chanson de Ferrat "la montagne"


Folfaerie 19/03/2010 08:36


J'aimerai savoir quel est le nombre des bloggueurs qui chroniquent des ouvrages sur la culture Amérindienne... on ne doit pas être si nombreux et ça me parait un peu normal de te faire de la "pub"



Véro 17/03/2010 12:07


La culture amérindienne un thème qui te plaît particulièrement semble-t'il ? En tout cas, j'aime bien lire tes billets (et augmenter ma LAL grrrr) sur ce sujet !


Folfaerie 17/03/2010 19:28


Ah oui, je m'y intéresse depuis des années,avec une petite préférence pour la nation Sioux; je lis tout ce qui me tombe sous la main, aussi bien les romans que les ouvrages historiques, je regarde
les documentaires (comme la série passée sur ARTE il y a quelques semaines) et évidemment les films. Bref, une vraie passion Et forcément, il y aura d'autres billets à venir, j'essaie de réactualiser quelques anciennes chroniques.


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