Partager l'article ! Sur la piste de Big Foot (Jim Harrison, Guy Le Querrec): Une belle préface de Jim Harrison ouvre ce livre de photographies très sobres dont ...
Une
belle préface de Jim Harrison ouvre ce livre de photographies très sobres dont l’auteur a suivi le pèlerinage effectué en décembre 1990 par les descendants des Lakotas qui survécurent au massacre
de Wounded Knee un siècle plus tôt. A cheval et par un froid de loup, les cavaliers des réserves de Standing Rock et Cheyenne River ont entrepris de remonter la piste jusqu’au lieu du massacre.
Au cours de cette chevauchée, ils seront rejoints par des Lakotas des réserves voisines, mais aussi par des Chippewas, des Choctaws, car la tragédie qui s’est abattue sur le peuple Sioux concerne
toutes les autres tribus.
Les photos en noir et blanc ont capturé le quotidien de ces cavaliers, leur imprimant une dimension tragique. Car ce pèlerinage évoque à la fois un
passé douloureux et un avenir sans espoir. Tiraillés entre deux mondes et deux époques, les Amérindiens tentent de donner un sens à leur vie. Les véhicules sont garés à côté des chevaux et des
tipis, les danseurs de pow-wow en costumes traditionnels côtoient les spectateurs en vestes et jeans, et dans les salles communales des centres culturels, le drapeau américain et le crucifix
s’opposent aux crosses à plumes d’aigles et à la bannière de l’AIM.
Cette chevauchée avait pour but de rendre hommage à ceux qui sont tombés à Wounded Knee, mais, comme le souligne un participant, elle aura peut-être
permis à certains de trouver un sens à leur vie. S’impliquer réellement afin de restaurer l’unité Indienne, continuer à transmettre le savoir ancestral aux plus jeunes, militer pour récupérer les
Black Hills… Loin de s’achever sur un constat d’échec, ou de susciter l’amertume, cette chevauchée a redonné du courage à ceux qui ont remonté la piste, et tout le talent de Le Querrec est
d'avoir su capter cette volonté au fil de ses clichés.
Les photos ci-dessous ne sont pas de
l'auteur.
Le massacre de Wounded Knee en décembre 1890 :
L'occupation de Wounded Knee en 1973 par l'AIM :
Un extrait de la préface :
La dernière chose à
laquelle un américain doté de la moindre conscience morale désire penser, ce sont les Sioux. Autant oublier qu'on a des coudes, avant de s'en cogner un, douloureusement, contre une porte. Ca vous
arrête net, et cette douleur bénigne vous rappelle des événements nettement plus pénibles, par exemple le jour où vous vous êtes fracturés le dos ou le cou.
Les premiers habitants de l'Amérique formaient plus de cinq cents tribus ; nous n'en avons traîté aucune
aussi mal que les Sioux. Jusqu'à une date récente, même des historient renommés avaient tendance à évoquer le massacre de Wounded Knee comme "la bataille de Wounded Knee" ce qui revient à parler
de la bataille de Treblinka, de la bataille de Buchenwald ou de notre prpre bataille de Mi Laï. Après la fin des "Guerres Indiennes", qui se résument pour l'essentiel à une longue boucherie, il
n'y a eu aucun Plan Marshall, mais simplement la création du Bureau des Affaires Indiennes, sans doute l'administration la plus insidieuse de toute l'histoire de notre république. Pour passer du
général au particulier, je me rappelle avoir vu, il y a vingt ans, sur la réserve Navajo de Keams Canyon, des enfants infirmes jouer pieds nus dans la neige, une image incroyable. A peine une
semaine plus tard, dans les locaux de la Société historique du Nebraska, je regardais des photos prises immédiatement après le massacre de Wounded Knee. Ma vision monoculaire s'est légèrement
brouillée (je suis borgne) quand j'ai découvert la photo d'un ravin rempli d'enfants morts. Il avait fait un froid terrible et l'on aurait dit que les membres gelés de ces enfants s'étaient
disposés d'eux mêmes pour adresser une supplique maladroite à un ciel muet. Des massacres comparables pour le nombre des victimes avaient déjà eu lieu à Sand Creek, dans l'est du Colorado, chez
les Cheyennes, et à Bear Creek chez les Shoshones, quand l'un de nos soldats avait décrit la tuerie comme "une partie de plaisir". Il est sans doute difficile de connaitre la véritable histoire
de notre propre pays, mais la plupart de mes concitoyens ne semblent pas trop s'en inquiéter. Nos manuels scolaires ne reconnaissent jamais clairement que nous sommes descendus de nos bateaux
pour anéantir une civilisation extrêmement variée, dont les cinq cents incarnations possédaient un art et une littérature orale d'un raffinement admirable. Nos armes ont inclus revolvers et
carabines, famines et maladies.
La raison de nos conquêtes avait pour nom : cupidité.

"It's a
dangerous business, Frodo, going out of your door," he used to say. "You step into the Road, and if you don't keep your feet, there is no telling where you might be swept off
to."
Billets à venir :
Trois hommes dans un bateau de Jerome K Jerome, Le vent de Dorothy Scarborough. Et une flopée de bouquins de la catégorie Nature. Suis très en retard dans la rédaction de mes billets, c'est épouvantable !
Films à chroniquer : Alatriste, à réserver à ceux qui ont déjà lu les 6 romans..., L'honneur
des Winslow
2012 commence bien : en octobre est sorti le 7ème volume des aventures du Capitaine Alatriste :
El puente de los Asesinos
A quand la traduction française ??
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