Samedi 4 septembre 2010 6 04 /09 /Sep /2010 07:51

 

 

Puristes, amoureux de la Table Ronde, passez votre chemin ! Avec Mark Twain, le mythe du Gral en prend un sacré coup ! Imaginez un type du Connecticut de la fin du XIXème siècle, catapulté à la suite d'un caprice du temps dans l'Angleterre du roi Arthur.

Merlin est un vieux magicien roublard, sans talent et orgueilleux, Arthur un vulgaire mari trompé, Guenièvre est une femme aux moeurs légères et sans réelle dignité... bref, une peinture au vitriol de la chevalerie anglaise. Sous la plume de Twain, les tournois sont ridiculisés (moment d'anthologie quand l'Américain est obligé de relever un défi !) et seul le sort des chevaux inquiète notre infortuné héros.

 

Notre Yankee, surnommé "Le Boss" et catalogué magicien, concurrent direct de Merlin, va profitre de ce retour dans le temps pour remodeler le pays à l'image d'une Amérique idéale, au tout début de l'ère industrielle. Des lignes télégraphiques conçues en secret pour ne pas déplaire à l'Eglise toute-puissante, des chevaliers transformés en hommes-sandwiches qui font du porte-à-porte pour vendre du savon (car le B.A. BA de l'hygiène est totalement inconnu à la Cour, se dont s'indigue le Boss). Bref, l'Angleterre féodale découvre avec bonheur (quoique...) les avantages de la démocratie.

 

Sous ses dehors loufoques, ce voyage dans le temps est un prétexte pour Mark Twain à brocarder bien des choses : le pouvoir de l'Eglise et l'obscurantisme, l'injustice sociale, la pauvreté... Toutefois, et comme d'habitude, on ne sait jamais vraiment très bien à quel moment l'auteur est réellement sérieux, et nombre de ses réflexions sont assez ambiguës. La fin du roman elle-même est assez déroutante, point d'orgue d'une tragédie qui ne pouvait manquer de survenir.

 

C'est un bon roman d'aventures, d'une drôlerie irrésistible, et qui éclaire sur les sentiments d'un Américain du XIXème siècle envers la vieille Europe et vis à vis de l'influence des mythes et légendes dont il souhaitait s'affranchir. En faisaint preuve d'irrespect, Twain démontre qu'il n'a aucune obligation littéraire envers l'Angleterre...

 

Les éditions Terre de Brume ont choisi une belle couverture pour cet ouvrage de qualité, ce qui augmente le plaisir de la lecture.

 

A noter : une adaptation cinéma a vu le jour en 1949 avec Bing Crosby. Une curiosité, bien certainement...

 

 

Par Folfaerie - Publié dans : Les classiques - Communauté : Salon Lecture
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