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2013-06-25T15:27:42+02:00

La couleur des sentiments (Kathryn Stockett)

Publié par Folfaerie
La couleur des sentiments (Kathryn Stockett)

Elles s’appellent Constantine, Aibileen, Minnie ou Yula May, elles sont bonnes au service de familles aisées et oisives. Jusque là, rien de palpitant. Mais voilà, nous sommes dans les années 60 à Jackson, Mississipi. Ces femmes sont noires et travaillent pour des blancs. Et ça change tout.

Sans jamais tomber dans le larmoyant, loin de tout militantisme, Kathryn Stockett a écrit un formidable roman construit autour de remarquables personnages féminins.

La vie dans les quartiers noirs de la ville n’est pas des plus plaisantes. Les fins de mois sont difficiles, les maris violents et alcooliques ne sont pas rares, le racisme est une composante essentielle de la vie en société.

Pourtant, à y bien regarder, le sort des femmes des quartiers blancs n’est pas plus enviable. Hypocrisie, lâcheté, ennui, jalousie sont leur lot, la médiocrité suinte de ces belles demeures. Mrs Hilly Holbrook est la peste, la garce que l’on adore détester. Rien ne peut la racheter, c’est le diable en personne. Elle mène d’une poigne de fer son petit cercle d’amies, et même une partie de la (bonne ?) société.

Aibileen travaille chez Elizabeth Leefold qui passe ses journées à coudre, à geindre et dont l’affection pour sa petite fille est fort limitée. Minnie travaille chez Mrs Walters, la mère d’Hilly Holbrook. Lorsqu’elle se fait renvoyer, elle échoue miraculeusement chez la Marylin Monroe du coin, Celia Foote, et qui traîne un sacré paquet de probèmes.

Constantine travaillait chez : Eugénia Phelan, surnommée Skeeter, et qui n’a jamais su ce qu’il était advenu de sa bonne, après 25 ans de bons et loyaux services. Cette jeune femme se démarque singulièrement de ses amies. Une grande perche toujours célibataire, qui rêve d’écrire. Et qui a de la considération pour ces bonnes noires.

Ces deux petits détails vont servir de détonateur, car Miss Skeeter, Abileen et Minnie ont décidé d’écrire, anonymement, un livre de témoignages sur les conditions de travail des bonnes. Un secret explosif dans une ville où on punit de bastonnade le malheureux qui a osé se tromper de toilettes.

Si l’histoire de Rosa Parks vous est familière, si, comme moi, vous avez vu le film d'Alan Parker, Mississipi burning, qui relatait des faits commis en 1964, dans ce même état (trois militants des droits civiques furent assassinés par des membres du KKK), vous vous retrouverez en terrain familier chez Kathryn Stockett. Mais Miss Stockett a choisi la petite histoire plutôt que la grande.

J'ai suivi avec un enthousiasme teinté de mélancolie les pérégrinations de toutes ces femmes auxquelles je me suis attachée. L'auteure a su donner une voix différente à chacune d'entre elles, oscillant souvent entre drame et humour. Un roman foisonnant et généreux qui fut un gros coup de coeur.

Traduction : Pierre Girard

La couleur des sentiments (Kathryn Stockett)

Je suis revenue à la maison ce matin-là, après qu'on m'a renvoyée, et je suis restée dehors avec mes chaussures de travail toutes neuves. Les chaussures qui avaient coûté autant à ma mère qu'un mois d'électricité. C'est à ce moment, je crois, que j'ai compris ce qu'était la honte, et la couleur qu'elle avait. La honte n'est pas noire, comme la saleté, comme je l'avais toujours cru. La honte a la couleur de l'uniforme blanc tout neuf quand votre mère a passé une nuit à repasser pour gagner de quoi vous l'acheter et que vous le lui rapportez sans une tache, sans une trace de travail.

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commentaires

Folfaerie 30/06/2013 21:20

J'avoue que je suis assez curieuse de voir quel sera le sujet de son second roman. En tout cas, le talent est là, c'est certain.

Karine:) 29/06/2013 17:16

J'ai adoré ce roman. Que d'émotion!

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