Galvin est avant tout un poète,
Prairie est donc son premier livre en prose, pas vraiment un roman, et donc essentiellement classé en Nature Writing, sorti en 1992 aux USA, et traduit en français en 2001.
Outre-Atlantique c'est un livre culte, encensé entre autres par Jim Harrison, Bary Lopez ou Peter Matthiessen et il est facile de comprendre pourquoi. Je crains bien en revanche qu'il ne soit jamais considéré comme un livre culte ici, mais cela est également prévisible. C'est pourtant un très bon livre, dédié aux habitants de cette prairie, quelque part dans les Rocheuses, et qui, sur plusieurs générations, ont eu la folie de s'accrocher à ce morceau de terre qu'ils aiment par-dessus tout.
Il y a Lyle, le doyen, qui meuble sa solitude en fabriquant toutes sortes d'objets, le vieux App qui ne s'est jamais remis de la mort de sa femme, Franck qui boit trop, et puis Ray, et le narrateur himself, James Galvin qui regarde vivre tout ce petit monde, farouche et isolé. Ces hommes et ces femmes doivent lutter contre les hivers rigoureux, la solitude et faire corps avec cette prairie car c'est elle la plus forte. Elle rend les hommes fous (certains se suicident), elle se montre si rude que d'autres meurent de froid, perdus dans la neige, ou crèvent d'isolement, mais tous s'accrochent et restent, en dépit, ou plutôt à cause de ce milieu encore sauvage.
Un tel sujet avait tout pour me plaire, malheureusement j'ai dû mettre quelques bémols à mon enthousiasme. Le principal défaut de ce livre c'est qu'il est trop centré autour des hommes. Galvin a choisi de parler de cette prairie à travers quelques portraits d'hommes rudes, typiques de l'ouest américain, c'est d'ailleurs pourquoi je l'ai rangé dans cette catégorie, la littérature de l'Ouest.
Ensuite, j'ai été gênée par les trop longues descriptions consacrées à la construction de cabanes en rondins, qui doivent être une mine de renseignements pour tout charpentier et menuisier amateurs, mais qui sont un peu ennuyeuses pour le commun des lecteurs. De même que l'omniprésence de la voiture, composante essentielle de la culture américaine, vient quelque peu gâcher l'esprit du roman, où malgré les affirmations du quatrième de couverture, la faune et la flore ne sont pas si présentes que ça. (quelques allusions aux castors et coyotes, sans plus).
Un avis sans doute un peu mitigé, mais une fois encore, si je présente James Galvin dans le challenge, c'est
parce que le sujet de son livre est bien lié au Nature Writing et aussi parce que je crois que c'est un écrivain à découvrir, un de ceux qui comptent dans la littérature américaine. D'ailleurs,
je compte me procurer au plus vite son roman Clôturer le ciel.
Ray, ils sont si nombreux, que la terre vierge qu’ils convoitent, ils vont la transformer en parc à caravanes. Ce sera un country club pour pauvres Blancs. Cette terre, ils vont la dévorer avant même d’en être propriétaires et nous non plus, on n’y aura plus droit. Ces crétins croient vraiment les agents immobiliers quand ils disent que l’accès est garanti tout l’hiver, que les rivières sont hautes tout l’été et que le prix de la terre ne va pas cesser de grimper. Ils vont construire des horreurs dans la vallée que nous avons regardée intacte pendant si longtemps qu’on est devenus comme drogués. On ne verra plus les montagnes à cause des saloperies qu’ils vont disséminer en bas.
