Encore un coup de coeur et cette fois
pour mon challenge Nature Writing ! Je dois la découverte de cette perle du NW à Touloulou qui m'a harcelée pour que je le lise. Et comme j'ai bien fait... Une fois de plus, la préface,
délicieuse, est signée par Le Clézio (c'est lui qui avait écrit celle de l'Almanach du comté des sables d'Aldo Leopold).
A la fin du livre, ma première réflexion fut : qu'est-ce que j'aimerai la rencontrer ! Sue Hubbell a eu un parcours comme je les aime, imaginez un peu, à la fois biologiste et bibliothécaire !!
Un beau jour, elle décide d'aller vivre à la campagne, dans le sud du Missouri, plus précisément dans les monts Ozark. Bien que parfaitement ignorante en matière d'élevage ou d'agriculture, Sue se lance avec un bel enthousiasme dans le métier d'apicultrice. Contre toute attente, elle réussit dans ce domaine, sans doute car elle est une femme à l'intelligence vive, toujours en éveil, grande observatrice, douée de patience et surtout sans cesse émerveillée par la nature qui l'entoure. Ses réflexions et observations témoignent de son intérêt et de son amour pour toutes les autres créatures vivantes, même celles parmi les moins aimées de ses contemporains : les serpents et cafards, les araignées et les coyotes...
"Un autre événement important a eu lieu, que je dois au semi-abandon dans lequel je laisse mon domaine.
Un soir, vers la fin de l'automne, j'étais allée dîner chez des amis et je rentrais tard. Lorsque j'arrêtais la voiture devant la grange, la nuit fourmillait d'yeux (...) J'éteignis les phares,
descendis sans bruit de la camionnette. Je me trouvais au milieu de troupeau de cerfs. C'était une nuit sans lune mais à la lueur des étoiles, leur silhouette se détachait assez clairement et,
n'étant plus aveuglés par les phares, ils se détendirent et se remirent à brouter l'herbe et le trèfle encore verdoyants qui avaient poussé autour de la grange et
en-dessous".
Je craignais de m'ennuyer un peu en lisant les passages consacrés aux abeilles, il n'en fut rien. Sue Hubbell a un talent remarquable de conteuse, qui sait donner de l'importance à de menus faits ou à des observations scientifiques. Il émane une paix certaine de ses constatations qui permet au lecteur de se couler dans son mode de vie. Travailler en accord avec sa terre, regarder passer les saisons, nourrir ses réflexions, s'accommoder des petits tracas de l'existence, tirer les leçons de diverses expériences...
Elle savait parfaitement se débrouille en de nombreux domaines, la menuiserie, bricoler un poulailler, scier
un arbre et même réparer une voiture et un tracteur. Qui a dit que les intellectuels ne savent rien faire de leurs dix doigts ?
J'ai autant adoré lé récit de cette formidable expérience autant que le ton et le style de l'auteur.
"Nous sommes donc là sous les chênes dans l'aube naissante - les parasites, les papillons de nuit, les chauve-souris, les moustiques et moi. Nous formons un ensemble harmonieux qui en vaut bien un autre et qui me convient parfaitement pour boire mon café et regarder le jour se lever."
Un récit nostalgique et empreint d'espoir car il me semble qu'une telle vie simple est à la porté de tous, à la condition de se montrer tolérant, humble et ouvert d'esprit, envers toutes les autres créatures qui nous côtoient. Un immense coup de coeur, pour le livre et pour cette femme écrivain.
