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2016-10-09T08:22:29+02:00

A propos de Notre-Dame-des-Landes

Publié par Folfaerie
Photo du site d'information reporterre
Photo du site d'information reporterre

Je recopie ici un commentaire de Frédéric Wolff (j'espère qu'il ne m'en voudra pas !), lecteur assidu du blog de Fabrice Nicolino, Planète sans visa. J'aurai aimé écrire un tel texte et j'ai donc envie de le partager...

Ce qui est en jeu est beaucoup plus qu’un aéroport. C’est une vision du monde.
En 2013, Manuel Valls l’exprimait en ces termes : « Nous avons besoin de projets, de croissance. Un monde sans aéroport, sans exploitation, sans énergie nucléaire… Ce n’est pas notre conception. »
Que des espèces protégées en fassent les frais importe peu, aux yeux des bétonneurs et de leurs valets. Grâce à la compensation « écologique », le droit est du côté des fossoyeurs. L’argument légaliste ne résistera pas longtemps. Un jour ou l’autre, il sera balayé par la machine administrative et judiciaire.
Que le climat en pâtisse illustre bien le « simulacre » où nous sommes, pour reprendre l’expression de Fabrice. Des climatologues peuvent lancer une nouvelle alerte – « Le réchauffement climatique va beaucoup plus vite que prévu » –, ils peuvent multiplier les mises en garde – « Sans efforts supplémentaires par tous les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, l’objectif de limiter la hausse de température à 2 degrés Celsius pourrait même être atteint plus tôt que prévu » –, les saccageurs du bocage n’entendent rien.
Ce qu’on peut lire ici et là est édifiant :
http://www.bastamag.net/Les-compagnies-aeriennes-refusent-de-freiner-le-rechauffement-climatique
« Le secteur de l’aviation est en pleine croissance : plus de 2500 projets de nouveaux aéroports, agrandissements ou aménagements d’aéroports existants sont sur les rails ! Des investissements faramineux évalués à 441 milliards de dollars, selon une étude parue en juillet 2015. Si c’est en Asie que le nombre de nouveaux aéroports prévus est le plus conséquent (près de 180), l’Europe n’est pas en reste avec près de 50 nouveaux aéroports – dont celui de Notre-Dame des Landes – et environ 75 milliards de dollars qui doivent être investis dans 800 projets au total. L’objectif ? Pouvoir accueillir le doublement de la flotte envisagée d’ici à 20 ans : les constructeurs espèrent ainsi livrer 37 000 appareils neufs pour un montant de 5 200 milliards de dollars. »
A l’heure du collapsus écologique, de telles perspectives donnent le vertige, d’autant plus que l’aviation a été exemptée de tout engagement climatique lors de la COP21. Mais surtout pas d’inquiétude. La bonne nouvelle est tombée il y a juste quelques jours : Les Etats membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale viennent d’adopter un accord sur la limitation des émissions carbone grâce au développement d’agrocarburants, à des moteurs moins gourmands, à l’optimisation du tracé des vols. La première phase sur une base volontaire va démarrer en 2021. A partir de 2027, ce mécanisme sera obligatoire.
L’abjection est totale : L’auto-limitation en guise de farce, le report des mesures impérieuses aux calendes grecques, toujours plus de trafic grâce à l’optimisation des moyens (le fameux effet-rebond)… Et toujours moins de terres pour nourrir les humains. Le crime climatique ne suffisait pas.
J’entends d’ici leurs arguments : la compensation carbone. Ainsi, on finance un projet vert (des plantations d’arbres, des centrales photovoltaïques, hydro-électriques…) pour neutraliser le CO2 émis par nos activités climaticides. Non seulement on n’a aucune certitude sur l’efficacité de ces projets – renvoyées à un futur incertain – mais en plus, on se contente de viser un niveau constant d’émissions alors que l’urgence commanderait une réduction. Quant à la pollution générée par les avions, elle ne sera en rien diminuée par cette pseudo-compensation. Elle augmentera et l’on pourra continuer à polluer en bonne conscience. Alors changer nos modes de vie, laissez-moi rire.
Ce qui compte, dans leur monde, c’est la croissance des flux. Toujours plus vite, toujours plus loin. Un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, un plan de relance autoroutier, une libéralisation du transport par autocar… Il faut croitre, exploiter, nucléariser, bétonner, dévaster les derniers trésors que la nature nous offre.
Et bouger, quel qu’en soit le prix et, pire encore, le sens. Etre de son temps, c’est-à-dire de nulle part, sans racines, sans futur, acclamer la société planétaire, endurer des souffrances au travail pour faire un jour partie des cohortes de retraités blasés que des cars vomissent sur les sites touristiques où se prendre en selfie… Se réjouir d’appartenir aux privilégiés qui consument le monde quand d’autres n’ont plus un sou en poche et qu’on est seulement le 15 du mois. Rouler, voler à tous les sens, et à l’occasion, faire voler les autres pour acheter à bas prix ce que la « mondialisation heureuse » nous offre. Le luxe des uns et la misère des autres, l’agitation perpétuelle pour fuir des vies qui n’en sont plus, pour s’échapper d’un monde de moins en moins habité, de moins en moins habitable…
D’un côté, « l’Union sacrée » pour l’industrialisation et la marchandisation. De l’autre, des appels à défendre les derniers espaces de vie et de beauté, l’expérimentation d’une société des limites et du partage, au pas des saisons.
Quelle sera l’issue de cette confrontation ? A court terme, elle est incertaine. Entre la violence – de moins en moins – légale d’un Etat policier et la défense – légitime – d’une planète viable et vivable, nous verrons qui l’emportera. A long terme, qu’en sera-t-il ? Il me vient l’image d’un tableau de Brueghel : la chute d’Icare, pris dans sa démesure d’aller trop près du soleil. Sur cette peinture, on aperçoit deux jambes qui s’agitent dans la mer, celles du héros grec en train de se noyer. Un paysan travaille sa terre, au premier plan ; un peu plus loin un berger scrute le ciel, un pêcheur regarde le bout de sa ligne. Chacun continue de vaquer à ses occupations. Dans sa chute, Icare n’entraîne que lui-même. Il en va tout autrement des Icare de la toute-puissance industrielle et technologique. Et
c’est bien là le problème.

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