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2011-03-10T14:35:00+01:00

Les bisons de Broken Heart (Dan O'Brien)

Publié par Folfaerie

Voilà un titre qui s'insère naturellement dans le challenge Nature Writing, même s'il peut paraître un peu difficile de le cataloguer. Je dois avouer que j'ai en effet ressenti une très légère pointe de déception à la lecture.

Dan O'Brien nous conte un tournant de sa vie, lorsqu'il a décidé de renoncer définitivement à l'élevage de vaches pour se consacrer à celui du bison. Ce choix fut dicté aussi bien par des considérations financières (il faut être fou pour élever des vaches dans le Dakota) qu'écologiques. Les Grandes Plaines qui formaient l'un des plus beaux écosystèmes d'Amérique ont été presque en totalité défigurées par l'élevage et dont les prairies sont devenues stériles.

 

Dans ce journal de bord, l'écrivain nous fait part de son découragement, puis de sa volonté de changer les choses en restaurant l'écologie de la prairie et en optant pour le retour du bison. C'est un texte nourri des réflexions personnelles d'O'Brien, de ses expériences, de son apprentissage en tant qu'éleveur de bison. C'est aussi une introduction, quoique sommaire, sur l'écologie de la grande prairie. On se prend rêver, tout comme l'auteur, au retour de ces fantastiques animaux qui incarnent si bien la grande faune nord-américaine au même titre que le grizzly ou le puma.

Avec simplicité, Dan O'brien sait expliquer comment le surpâturage des vaches et des moutons conduit à l'appauvrissement de tout un écosystème alors que les bisons dont le mode de fonctionnement est totalement différent de celui des bovins domestiques, permet au contraire la régénération de l'herbe, l'apparition d'un certain type de végétation favorable à la faune sauvage et aux oiseaux.

C'est ce dernier point qui m'intéressait le plus, et qui est malheureusement survolé. J'ai néanmoins noté dans mes prochains achats, Grassland de Richard Manning qui me parait très instructif. J'aurai aimé davantage de poésie dans les descriptions, mais cela n'enlève rien aux qualités de ce livre. 

 

 Une fin d'après-midi de septembre, il y a une douzaine d'années, mon pick-up m'a mené sur un chemin de terre isolé qui longeait la limite sud du parc national des Badlands. Je pensais aux traites qu'il me faudrait rembourser en octobre et à la chute récente et inexplicable du prix de la viande qui allait réduire mes revenus de moitié. Je roulais trop vite et en débouchant sur un talus poussiéreux, j'ai failli m'encastrer dans un énorme bison.
Voluptueusement allongé au milieu du chemin, il était étendu au soleil comme un gros matou d'une tonne. Mis à part une baleine aperçue un jour, c'était la créature la plus grosse que j'avais jamais vue. J'ai freiné mais j'étais beaucoup trop près et, comme je me démenais pour passer la marche arrière, il a relevé la tête et m'a regardé droit dans les yeux. J'étais suffisamment près pour voir le pare-chocs du pick-up se refléter dans ses sombres yeux ronds surmontés d'une touffe de poils noirs et frisés. Sa tête était aussi grosse qu'une machine à laver.
J'ai réussi à passer la marche arrière mais, tel l'invité piégé par le regard du vieux marin dans le poème de Coleridge, j'étais pétrifié. Nous nous sommes observés pendant presque une minute, et pendant une minute, tous mes soucis professionnels ont été éclipsés par cette montagne vivante allongée devant moi. Je me suis concentré sur ses cils, longs et expressifs, alors qu'il chassait un papillon jaune d'un battement de paupière. Tranquillement, la tête s'est baissée et les pattes se sont dépliées sous l'imposant animal. La courte queue en pinceau a fouetté la poussière et le bison s'est balancé une première fois, puis une seconde, et s'est mis sur ses pattes. Il s'est ébroué comme un chien et un nuage de poussière du Dakota du Sud s'est élevé autour de lui, flottant dans la brise fraîche du soir. Puis il a levé le minuscule sabot noir de sa patte arrière gauche, il a tendu la tête et, de son sabot, pareil à une ballerine, s'est gratté le cou au niveau de sa longue barbiche laineuse. Il m'a jeté un dernier regard avant de quitter le chemin pour disparaître dans une ravine... 

 

Les efforts de Dan O'Brien ne peuvent être que salués, évidemment, surtout lorsqu'on examine le modèle agricole américain. Il faut du courage pour sortir du cadre imposé... Cependant, je n'ai pu m'empêcher de m'attrister un peu. Car les bisons du ranch sont destinés à la consommation. Une viande plus saine, un mode de production plus écolo, de quoi séduire une nouvelle niche de consommateurs et rentabiliser le retour de l'animal. Dan O'Brien en profite pour dévoiler un peu les coulisses de l'élevage intensif du bison (et oui, ça existe !!) : pas reluisant.

Ainsi, pour sauvegarder un milieu ou une espèce, il nous faut à tout prix en retirer un bénéfice économique. Vision réaliste (ou étriquée ?) de l'écologie, mais si triste...

 

 

 

 

 

En France aussi, un projet est en cours depuis plusieurs années, et l'initiateur ne dit pas autre chose que l'écrivain américain : le bison est le garant de la bonne santé du milieu dans lequel il évolue.

  http://www.haut-thorenc.com/notre_vocation.html

 

Jim Brandenburg a fondé la Brandenburg Prairie Fundation dans le Minnesota, autre projet passionnant de sauvegarde des grandes prairies. 

http://www.jimbrandenburg.com/bpfoundation.html

 

 

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commentaires

Grand-Sachem-la-Brocante 15/03/2011 07:27


débat très interessant à rapprocher de celui sur la réintroduction de l'ours: certains de ceux qui y sont favorable ont pour argument le benefice economique pour le tourisme face au pertes
considérées par eux comme minime pour l'élevage; A l'inverse les éleveurs considère que l'équilibre ecologique actuel des montagnes dépend de leur mode d'élevage...


Folfaerie 15/03/2011 15:54



Ouh la, vaste débat également, je crois que nous en avions déjà parlé un peu il me semble ? Ce qui me fait sourire surtout c'est l'argument des éleveurs sur la biodiversité de la montagne,
enrichie grâce à l'élevage... Cette fameuse biodiversité à visage humain !


Pour réfléchir et rire un peu quand même, je conseille une petite visite sur le site de la Buvette des Alpages qui prône la cohabitation entre les hommes et les prédateurs.



Véro. 12/03/2011 16:07


Je ne suis pas sûre que le thème me plaise.


clothilde 11/03/2011 13:56


Ce livre me fait vraiment envie, je me débrouillerai pour le lire. J'ai demandé à mon mari qu'on ne peut pas qualifier de "lecteur", de jeter un coup d'oeil sur votre blog et il lit au moins
quelques billets avec plaisir, sur ce genre de livres seulement. Vous écrivez "je rêve d'un changement de comportement......" oui, moi aussi, mais je suis un peu septique. Même si je ne peux pas
lire tous les livres, je les connais quand même un peu en lisant le blog. Bon week-end.


Folfaerie 12/03/2011 09:40



Bonjour Clothilde, ce commentaire me fait bien plaisir, c'est quand même le but principal de mon blog, faire découvrir de bons livres aussi je suis toujours contente d'un retour positif


Bon week-end à vous aussi.



zarline 11/03/2011 09:37


Ah mais je ne te visais pas du tout avec ma remarque sur les bisounours ;-) Bon en fait, je suis loin d'être totalement objective, je suis une économiste de l'environnement (enfin, c'est le sujet
de mes études) et bon, si on pouvait avoir plus de job dans ma branche, ça serait sympa. ;-) Je suis tout à fait d'accord avec toi sur la "rentabilité" de la conservation des espèces. Même problème
d'ailleurs avec les espèces pas trop photogéniques, comme les batraciens dont on ne parle jamais alors qu'un panda, c'est quand même plus "glamour". Maintenant, la valeur instrinsèque de la faune
est vraiment débattue dans le secteur et même si je suis partisane du concept, je suis persuadée qu'il faut pouvoir présenter une valeur économique pour que les programmes de conservation soient
acceptés et soutenus plus largement. C'est le but des évaluations environnementales, essayer de donner une valeur économique aux ressources naturelles. C'est cynique, mais je crois que c'est le
seul moyen de faire avancer les choses. Bon, je pourrais en parler des heures, mais je m'arrête là. Je note quand même le livre et j'espère ne pas être trop saoulée par les différents types de
barrières ;-)


Folfaerie 12/03/2011 09:38



Je crois effectivement que l'on pourrait avoir des échanges intéressants, je te contacterai directement sur ton blog. Il y a quelques années je pensais comme toi (je suis bénévole pour une asso
de protection de la nature) mais j'ai changé d'avis. Cela me fait penser à tous ces projets de conservation qui reposent aussi sur la chasse : exemple, le travail mené par une association de
protection des guépards qui alloue un quota chaque année de guépards à abattre à des chasseurs fortunés (le tarif est élevé) : les éleveurs blancs africains sont contents (ils perçoivent une
commission si le guépard qui est abattu se trouve sur leurs terres et en plus ça fait un prédateur en moins), le chasseur blanc est content et l'ONG est contente puisqu'elle récupère les
sous...pour protéger les guépards !! moi, ce système finit par m'écoeurer mais c'est qui prévaut à l'heure actuelle chez la plupart des conservationnistes "sérieux". Bref, il y aurait matière à
discuter pendant des heures effectivement



Hélène 11/03/2011 09:17


Lecture prévue aussi bientôt. J'ai hâte de recnontrer ces chers bisons..


Folfaerie 12/03/2011 09:41



Je lirai ton billet avec plaisir, et bonne lecture alors.



keisha 10/03/2011 17:35


Un livre lu il y a un bout de temps, mais le billet est encore dans les "à paraitre" (je ne veux pas inonder mon blog de NW)(malgré mon envie)
Bien sur, ces bisons sont destinés à la viande, mais bon... J'ai bien aimé ce livre, quand même, très instructif, pour la différence vache bison dans ces grandes plaines. NW complètement, si si!


Folfaerie 10/03/2011 18:03



C'est justement ce que j'ai regretté, O'Brien aurait peut-être pu creuser davantage le sujet sur l'herbe des prairies et raccourcir un peu les pages consacrées au type de clôtures à bison...



zarline 10/03/2011 16:33


Un billet très intéressant qui me donne envie de lire ce livre malgré tes petites réserves. Perso, je suis persuadée qu'une approche plus économique de l'écologie et des programmes de conservation
sont nécessaires pour faire avancer les choses, même si je trouve ça triste dans un sens. En même temps, il n'y a pas de raison qu'on voit l'écologie à travers des lunettes de bisounours ;-) Bref,
je sens que ce livre va me plaire! Merci pour toutes ces références.


Folfaerie 10/03/2011 18:01



Je ne pense pas être une bisounours loin de là, ce qui me préoccupe c'est la valeur marchande donnée à toute créature vivante. Sauver le bison c'est bien puisque ça peut être rentable, chouette,
tout le monde est content. Mais que fait-on avec une espèce non rentable ? On la laisse s'éteindre pardi ! Cette semaine, et pour ne parler que de l'Amérique du nord, une sous-espèce du puma a
été déclarée officiellement disparue. Peut-être que si le puma avait figuré sur les menus des fast-food il aurait pu être sauvé ??


Je rêve d'un changement de comportement et de pensée (y compris de la part des écolos) de l'homme vis à vis des animaux sauvages... Quelle révolution ce serait dans l'histoire de l'humanité !



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